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Jean Pailleux

Le changement climatique n’a jamais été l’axe principal de mon activité pendant ma carrière à Météo-France, comme au CEPMMT (Centre européen de prévision météorologique à moyen terme). C’était plutôt l’amélioration de la prévision du temps à quelques heures, quelques jours, voire quelques semaines d’échéance. Mais les sujets faisant mon quotidien depuis mon entrée à la Météo en 1972 se trouvent avoir tous une partie commune avec l’étude du changement climatique : l’observation et la modélisation de l’atmosphère (et de ses milieux connexes), l’assimilation de données dans les modèles et la fabrication d’analyses. Ces analyses servaient quotidiennement à la prévision du temps, mais, une fois archivées, servaient aussi à faire des études statistiques sur le climat récent.

Dès les années 1970, alors que j’oeuvrais à Paris au développement de modèles pour le service Prévision de Météo-France, il y avait aussi des chercheurs qui travaillaient sur le même type de modèles dans le but de simuler l’évolution du climat. Je ne travaillais pas avec eux au quotidien mais échangeais avec eux de temps en temps. Je ne pouvais pas ignorer que cette activité existait, je savais forcément que le climat avait évolué dans le passé, et je pense que je savais qu’il évoluait vers le chaud plutôt que le froid, par le biais de discussions à la pause-déjeuner avec des collègues de Météo-France, ou de séminaires informels. Vers 1980, au moment où j’étais très actif pour la production des «analyses FGGE» (First Garp Global Experiment – 1979 – que l’on n’appelait pas encore « ré-analyses »), je savais intuitivement que l’effet de serre dû aux gaz rejetés par l’industrialisation avait réchauffé la basse atmosphère, mais je n’avais aucune donnée chiffrée en tête, je laissais à mes collègues climatologues le soin de creuser cette affaire. Surtout je ne pensais pas que le réchauffement allait s’accélérer autant, ni devenir l’enjeu mondial qu’il est maintenant.

Pendant mes années au CEPMMT, à Reading, dans les années 1980, j’ai vécu d’assez près l’étude du trou d’ozone sans toutefois y participer directement. J’étais responsable de l’assimilation de données et je recevais beaucoup de questions sur la disponibilité et la qualité des analyses du CEPMMT, de la part de scientifiques du monde entier qui disaient que c’était les seules analyses montant assez haut dans l’atmosphère pour pouvoir étudier correctement l’ozone stratosphérique.

Ce doit être dans la décennie 1990, au moment de la création du groupe mondial GCOS (Global Climate Observing System) que j’ai pris conscience de l’enjeu et de l’importance du sujet. Je me disais : «Pourquoi créer un GCOS, alors qu’il y a déjà un GOS à l’OMM qui me prend déjà pas mal de temps de réunions ?». J’étais au CNRM Centre National de Recherches Météorologiques) à Toulouse, m’occupant du groupe de prévision numérique du temps. Il y avait dans le bâtiment à côté, un groupe tout aussi gros s’occupant de modélisation climatique. Dans ce groupe il y avait Serge Planton. Je me souviens surtout d’une conférence donnée par Serge sur le réchauffement climatique, qui a dû être une sorte de déclic me faisant mesurer l’enjeu. J’étais allé assister à cette conférence, donnée en soirée dans le cadre du GTX (Groupe Toulousain des X), donc pour un public scientifique non météo, parce que c’était l’occasion de faire un point général de 1h30 sur le sujet, et aussi parce que la conférence était suivie d’un bon dîner ! C’était peut-être la première fois où je prenais le temps de réfléchir sur les chiffres donnés par Serge sur les émissions de CO2 et autres gaz, sur leur temps de résidence dans l’atmosphère, sur les similitudes entre les courbes d’évolution de CO2, de température, courbes observées, analysées ou prévues par des modèles, et sur toutes les implications !

Par la suite, l’importance du sujet n’a cessé de croître, à Météo-France, au CEPMMT, et dans beaucoup de labos et d’institutions. J’essayais se suivre tout ce qui se faisait sur ce sujet, mais de loin, n’étant pas mobilisé comme peut l’être un chercheur sur le réchauffement climatique. J’ai attendu la retraite (octobre 2009) puis l’entrée au Club des Argonautes pour avoir un peu plus de temps pour réfléchir et lire sur le sujet du changement climatique (et même parfois pour écrire une page web!).