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Pierre  Chevallier

La Société Botanique de France a publié en novembre 2021 un intéressant Livre Blanc intitulé L’introduction d’essences exotiques en forêt . Au delà du problème de l’introduction de nouvelles espèces, ce document de 74 pages fait un constat sérieux de l’état du couvert forestier en France et de ses évolutions sous l’influence du changement climatique.

La forêt couvre 31 % du territoire métropolitain français avec 93 % d’essences indigènes et 60 % de feuillus. Au 3/4 privée, elle assure une fonction économique essentielle : 400 000 emplois, 60 milliards d’€ de chiffre d’affaire. Son rôle dans la séquestration de CO, la conservation des sols et la régulation du cycle de l’eau est primordial. On observe toutefois une dégradation sensible de l’ensemble forestier depuis une vingtaine d’années qui se traduit par des migrations d’espèces végétales (et plus rapidement animales) vers le nord et une évolution vers un type méditerranéen... La tendance vers une sylviculture mono-spécifique accentue la vulnérabilité aux ravageurs et aux événements climatiques extrêmes.

 

 

La question qui se pose est d’adapter cette forêt aux changements climatiques. Une solution souvent prônée est le recours à des essences exotiques mieux résistantes au stress hydrique et aux nouveaux ravageurs. Mais il s’agit de vérifier si le remède convient (ou pas) face à quatre menaces : 

  • L’invasion biologique 
    Un cas emblématique est celui du robinier qui élimine progressivement toutes les autres variétés forestières de la plantation. Comme il possède des propriétés intéressantes (croissance rapide, attractivité des pollinisateurs), il ne doit pas être banni, mais sa culture doit être réservée à des milieux dénués d’intérêt écologique.

  • L’introduction de bio-agresseurs
    La moitié des bio-agresseurs affectant actuellement la forêt métropolitaine a des origines exotiques généralement accidentelles. Les cultures monospécifiques amplifient leur développement alors que les peuplements diversifiés les ralentissent.

  • L’érosion de la biodiversité
    L’introduction d’une espèce exotique représente un choc pour le milieu dans lequel elle est introduite ; elle peut en particulier modifier les conditions environnementales locales d’un milieu où elle deviendrait dominante ; par exemple, en altérant la qualité des eaux ou la biodiversité des sols.

  • Les événements catastrophiques
    En sus de l’altération environnementale, les deux principales perturbations qui peuvent être apportées par les espèces exotiques sont une augmentation de l’inflammabilité et une plus grande vulnérabilité aux tempêtes menaçant les services écosystémiques apportés.

En conclusion, le Livre Blanc fait un certain nombre de recommandations. En particulier :

- privilégier les mélanges d’essences et la régénération naturelle ;

- favoriser l’hétérogénéité structurale ;

- préserver ou restaurer l’alimentation hydrique des sols ;

- adapter la biodiversité des populations aux disponibilités en eau.

Il ajoute que l’introduction d’essences exotiques n’est souvent pas une fausse bonne solution. 

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