Climat :une planète et des hommes

Quelle influence humaine sur le réchauffement climatique ?

Préface

Erik Orsenna*, de l’Académie française

Avant-propos – Pourquoi ce livre ?

Bruno Voituriez*, Président du Club des ArgonautesOcéanographe, membre de l’Académie de marine.

1. Par où sommes-nous passés ?

Comment et pourquoi les historiens peuvent-ils parler du climat ?
Alain Gioda - Historien du climat de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Quelles sont les méthodes traditionnelles de l’histoire du climat
Emmanuel Le Roy Ladurie du Collège de France.

En quoi le climat a-t-il influencé le développement de l’humanité ?
Yves Coppens de l'Académie des sciences.

En quoi le climat a-t-il modelé le développement de la vie sur la planète ?
Jean-Claude Gall - Professeur honoraire de géologie et de paléontologie de l’université de Strasbourg.

Que savons-nous de l’évolution du climat, de l’origine de la Terre à aujourd’hui ?
Valérie Masson-Delmotte - Directrice de recherche au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS, université de Versailles Saint-Quentin, Institut Pierre-Simon Laplace.
et Gilles Ramstein - Directeur de recherche au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS, université de Versailles Saint-Quentin, Institut Pierre-Simon Laplace).

Pourquoi et comment le climat est-il devenu aussi rapidement une préoccupation scientifique majeure ?
Jacques Merle* - Océanographe physicien, directeur de recherche émérite de l’lnstitut de recherche pour le développement (IRD).

2. Le climat d’une planète parmi d’autres, mais la nôtre

Qu’est-ce que le climat ?
Jean Labrousse* - Météorologiste, directeur honoraire de la météorologie nationale.

Le Soleil règne-t-il en maître sur le climat ?
Robert Kandel - Directeur de recherche honoraire du CNRS.

Que pouvons-nous apprendre du climat de Vénus et de Mars ?
François Barlier* - Astronome émérite de l’observatoire de la Côte d’Azur.
Michel Lefebvre* - Capitaine au long cours, responsable scientifique de la mission spatiale franco-américaine Topex-Poséidon.
et Bruno Voituriez* - Océanographe, membre de l’Académie de marine.

Comment l’atmosphère de la Terre joue-t-elle sur son climat ?
Pierre Bauer* - Physicien de l’atmosphère, directeur de recherche émérite du CNRS.
Yves Fouquart* - Physicien, ancien enseignant-chercheur de l’université des sciences et des technologies de Lille.
et Michel Petit* - Physicien de l’atmosphère, ancien membre du Bureau du Giec.

L’océan et le climat, quel rapport ?
Jacques Merle*

La Lune, moteur de la circulation profonde océanique
François Barlier*, Michel Lefebvre* et Bruno Voituriez*

Que devient une goutte d’eau ?
Bernard Pouyaud* - Hydroglaciologue, directeur de recherche émérite de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), membre de l’Académie de l’eau.

Comment le carbone circule-t-il entre l’atmosphère, l’océan et les continents ?
Yves Dandonneau* - biogéochimiste marin, ancien membre du comité scientifique du Joint global ocean flux study (JGOFS).

La fabrication de calcaire par des organismes marins : un puits de carbone
Yves Dandonneau*

Comment les aérosols atmosphériques influent-ils le climat ?
Yves Fouquart*

Quelles observations pour mieux prévoir le climat ? Le rôle décisif des satellites
Michel Lefebvre*, François Barlier* et Jacques Merle*

3. L’homme peut-il vraiment changer le climat ?

Les activités humaines sont-elles capables de modifier la composition de l’atmosphère ?
Pierre Bauer*

comment Quantifier les émissions de CO2
Michel Petit*

Même si les émissions anthropiques de gaz carbonique cessaient, le retour aux conditions préindustrielles ne serait pas pour demain
Yves Dandonneau* et Pierre Bauer*

Que sait-on de l’évolution de la température de l’air ?
Jean Labrousse*

une Brève histoire de la mesure de la température
Jean Labrousse*

Peut-on parler de Température moyenne mondiale
Michel Petit*

Existe-t-il des indications d’une autre nature que la mesure de température quant à un changement du climat ?
Pierre Bauer*

Les changements climatiques récents sont-ils dus au Soleil ?
Édouard Bard de l’Académie des sciences.

Le système climatique peut-il s'autoréguler ?
Yves Fouquart*

Pourquoi et comment simuler le climat sur un ordinateur ?
Hervé Le Treut - Directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace, membre de l’Académie des sciences.

Les modèles simulent-ils la réalité ?
Herve Le Treut

4. Peut-on estimer ce qui nous attend dans les prochaines décennies ?

Quelles hypothèses peut-on faire sur les émissions futures de gaz à effet de serre ?
Michel Petit*

Avec quelle précision peut-on faire correspondre un changement climatique à un scénario d’émissions ?
Serge Planton - Chercheur, Groupe de recherche climatique du Centre national de recherches météorologiques de Météo France.

À quel type de climat faut-il se préparer ?
Sylvie Joussaume - Climatologue, directrice de recherche au CNRS et Chantal Pacteau<

Les changements climatiques en France simulés par le programme Escrime
Michel Petit

Quelles conséquences des changements climatiques pour l’agriculture et les forêts ?
Bernard Seguin - Directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

Quelles conséquences socio-économiques du changement climatique ?
Stéphane Hallegatte - Économiste à Météo France.

De combien faut-il diminuer les émissions pour réduire efficacement l’ampleur des changements climatiques ?
Michel Petit*

concentration en CO2 équivalent
Michel Petit*

Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre ?
Sandrine Mathy - Chercheuse en économie de l’environnement au Centre international de recherche en environnement et développement (CIRED).

Peut-on produire l’énergie sans émettre de gaz à effet de serre ?
Michel Petit*

5. Pourquoi tant de passion ?

Le changement climatique n’est-il qu’un des thèmes écologiques à la mode ?
Bruno Voituriez*

Pourquoi tant d’incrédulité ?
Jean-Pierre Dupuy - Professeur à l’École Polytechnique et à l’université de Standford.

Pourquoi tant d’animosité ?
Michel Petit*

Pourquoi tant d’exaspération chez les climatologues ?
Michel Petit*

le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), ses missions et son organisation telles que définies par ses fondateurs
Michel Petit*

Et si le Giec n’existait pas ?
Pierre Bacher - Spécialiste des réacteurs nucléaires, expert auprès de la commission énergie, environnement de l’Académie de technologie et Michel Petit*

Le changement climatique : quelles décisions politiques ?

Les points de vue d’Alain Juppé et de Michel Rocard, anciens Premiers ministres

Glossaire

* Membres du Club des Argonautes

Quelle influence humaine sur le réchauffement climatique ?

Couverture du livre

Présenté par Erik ORSENNA et Michel PETIT

Ouvrage collectif coordonné par Michel PETIT et Aline CHABREUIL

Ce livre, à l'initiative du Club des Argonautes, est dédié à Gérard Mégie et à Christian Le Provost.

Gérard Mégie (1946-2004) fut président du CNRS de 2000 à 2004.Ses recherches ont porté sur les équilibres physiques et chimiques de l’atmosphère. Il a notamment joué un rôle majeur dans l’élaboration du protocole de Montréal (1987) qui mit un terme à l’émission des chlorofluorocarbones (fréons), responsables de la destruction de l’ozone stratosphérique.

Christian Le Provost (1943-2004) a été un acteur majeur de la recherche océanographique française et internationale. Il a notamment construit un modèle de marée qui a conduit à résoudre une énigme de la circulation océanique en montrant que l’énergie nécessaire à cette circulation près du fond était en partie fournie par le potentiel de marée dans lequel la Lune joue un rôle prépondérant. C’est un résultat fondamental pour mieux comprendre le rôle de l’océan dans le climat.

Sommaire et auteurs

Présentation - Erik Orsenna - Académie Française

Avant-propos - Pourquoi ce livre ? Bruno Voituriez - Président du Club des Argonautes

Point de vue de Michel Rocard

Point de vue d'Alain Juppé

Quelques articles lors de la sortie du livre :

Un autre regard sur la Terre

Revue par François Spite - L’Astronomie N° 47, Février 2012, p. 66

Centre national d'études spatiales

Notre Planète info

Éditrice : Véronique Lefebvre
Conception graphique : Corinne Liger

Contact presse : Brigitte Liot - b.liot(à)free.fr
© le cherche midi, 2011

Pourquoi ce livre ?

Le rayonnement du Soleil apporte à notre Terre une énergie plus forte au voisinage de l’équateur où ses rayons arrivent perpendiculairement à la surface qu’au voisinage des pôles où l’éclairement est rasant. Cette variation géographique de la chaleur solaire provoque une circulation des masses d’air atmosphériques et des masses d’eau océaniques qui tend à redistribuer la chaleur de l’équateur vers les pôles. Cette circulation n’est pas un long fleuve tranquille, elle se décompose en un ensemble de courants horizontaux et verticaux, variables dans le temps. Le comportement de cet ensemble complexe régit la situation météorologique en chaque point du globe. Si à cet ensemble océan et atmosphère, on ajoute le rôle de la glace (cryosphère) et des milieux vivants (biosphère), on obtient ce qu’il est convenu d’appeler le système climatique mondial. Ce sont les interactions multiples des éléments de ce système qui, pour l’essentiel, déterminent le climat.

Le système climatique est soumis à un certain nombre d’actions extérieures qu’on désigne sous le nom de forçages. Le premier de ces forçages est bien évidemment le rayonnement solaire qui constitue le moteur essentiel de tous les mouvements. L’introduction dans l’atmosphère de gaz absorbant le rayonnement infrarouge et constituant un matelas isolant autour de la planète est un autre forçage. Il en va de même des aérosols (très petites particules en suspension dans l’air), qu’ils soient introduits par les éruptions volcaniques ou les activités humaines. Ces particules agissent en effet directement sur le rayonnement solaire, mais aussi indirectement, par leur rôle dans la formation des nuages, sur le rayonnement infrarouge terrestre.

La multiplicité des interactions au sein du système climatique et la variété des forçages qu’il subit rendent impossible une description simple et facilement compréhensible du fonctionnement du système, et c’est ce qui permet toutes les controverses, à commencer par la remise en cause des conclusions des scientifiques sur la base de simplifications négligeant des aspects primordiaux des processus complexes en jeu. L’objectif de ce livre est de mettre à la portée d’un public de non-spécialistes les points essentiels qu’il est nécessaire de garder à l’esprit pour se faire une idée saine de la problématique de l’influence des activités humaines sur le climat. Les recherches scientifiques sur ce sujet restent très actives et les connaissances évoluent sans cesse. Certains des résultats précis présentés dans cet ouvrage seront peut-être remis en question par de nouveaux résultats de la recherche, qui avance tous les jours. Il est très peu vraisemblable, toutefois, que les conclusions essentielles, admises aujourd’hui par la majorité des chercheurs, en soient altérées. Elles appellent d’ores et déjà des décisions en vue de faire face aux risques identifiés du changement climatique dû aux activités humaines.

Après un premier chapitre qui rappelle brièvement les changements climatiques passés et leurs conséquences sur le développement de la vie sur notre planète, le chapitre 2 présente les caractéristiques essentielles du système climatique et ses forçages. Le chapitre 3 aborde les raisons de croire à la possibilité d’un changement climatique mondial provoqué par les activités humaines. Le quatrième chapitre s’efforce de cerner les risques de changement climatique auxquels on peut s’attendre au cours de ce siècle, ses conséquences et ce qu’on peut faire pour en atténuer l’ampleur. Le dernier chapitre aborde des questions qui ressortissent aux sciences humaines et sociales et cherche à analyser les raisons subjectives des prises de position passionnées qu’on a pu constater. Enfin, nous avons demandé à Alain Juppé et Michel Rocard, leur point de vue de responsables politiques. Le Club remercie les scientifiques non-membres du club pour les contributions qu’ils ont aimablement apportées. Il exprime toute sa reconnaissance à Alain Juppé et Michel Rocard, qui ont consenti à exprimer leur point de vue sur les aspects politiques du changement climatique, et à Emmanuel Le Roy Ladurie, qui a permis qu’un extrait de l’un de ses ouvrages soit repris pour éclairer le chapitre 1. Nous remercions tout particulièrement le fidèle ami du Club des Argonautes, Erik Orsenna, pour son soutien à cette initiative du Club et la préface qu’il a accepté d’écrire.

Les Argonautes partagent la conviction qu’il existe un risque réel que les activités humaines bouleversent le climat de notre planète et qu’il faut avoir une pleine conscience de ce risque. Ils ont choisi de demander à divers auteurs de présenter, sous leur propre responsabilité, leur analyse des divers éléments du puzzle. Des sensibilités différentes peuvent transparaître mais la complémentarité des approches est avant tout une source de richesse.

Bruno Voituriez
Président du Club des Argonautes

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : QUELLES DECISIONS POLITIQUES ?

Questions posées à Alain Juppé

Face au changement climatique, quelles décisions politiques prendre ?

L’époque de l’énergie sans défaut, abondante et bon marché est révolue. La communauté internationale devra s’accorder sur un objectif qui évite un changement climatique. Or les données scientifiques imposent de redescendre d’ici 2100 à une concentration de 350 ppm de COdans l’atmosphère. Une cible et une temporalité qui ont de quoi faire peur aux politiques. Mais si la voie est politiquement très étroite, l’humanité peut encore y parvenir. Il lui faut pour cela apprendre à vivre autrement, à consommer autrement et à mieux répartir ses ressources.

Nous devons penser et agir globalement et localement.

Les villes, qui regroupent près de 80 % de la population mondiale, contribuent largement aux changements climatiques puisque leurs activités génèrent plus de 70 % des gaz à effet de serre. Elles doivent s’adapter, quantifier dés aujourd’hui les impacts à venir (coût, secteurs...) et exercer les meilleurs choix de mesures d’adaptation. De nombreuses villes prennent d’ores et déjà en compte l’Agenda 21 et le plan climat énergie territorial. Les élus me semblent de plus en plus concernés et les lieux de formation, les temps d’échange de bonnes pratiques se multiplient. Il faut poursuivre ce mouvement.

Il est donc essentiel de considérer les villes et les régions urbaines comme partie intégrante des solutions recherchées dans la lutte contre les changements climatiques : la promotion des sources d’énergie renouvelables, des technologies de contrôle des émissions industrielles, la construction de logements à haute efficacité énergétique, les mesures de réduction du trafic routier ainsi que la promotion de moyens de transport non motorisés sont leurs outils.

Au-delà des pratiques qui vont dans le bon sens, les villes s’engagent sur des objectifs de résultat. Dans le cadre de son Agenda 21 et de son plan climat énergie territorial, à quelques jours de l’ouverture des négociations de Cancun, la Ville de Bordeaux s’engage en vue de :

  • diminuer les émissions internes de GES ;
  • planifier les territoires de façon optimale et mieux coordonner les politiques publiques (de déplacement, d’aménagement, etc.) afin de traduire les objectifs de réduction des émissions dans la construction de la ville ;
  • mobiliser tous les acteurs du territoire (acteurs économiques, habitants-consommateurs, associations...) afin d’atteindre les objectifs fixés.
  • Maîtriser l’étalement urbain, en proposant des modes alternatifs de transport en commun performants, en développant les énergies propres, en assurant une mixité sociale et fonctionnelle des centres urbains et des nouveaux quartiers, constitue un premier enjeu déterminant et structurant. En matière de commande publique, les collectivités se doivent d’être ambitieuses, exigeantes et de soutenir les filières à plus faible empreinte écologique.

Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de la réalité de ce sujet ?

Le Club de Rome, le sommet de Rio, en 1992, et les premières conclusions du GIEC, mais également mon séjour d’un an au Canada où les effets du changement climatique sont visibles à l’œil nu ! À l’échelle d’une ville comme Bordeaux, il me suffit d’observer l’évolution de données objectives, mesurables et quantifiables comme la pluviométrie, la température moyenne, la consommation d’énergie, la consommation d’eau...

Quelle perception avez-vous des résultats scientifiques ?

Il y a eu, il y a parfois encore controverse sur ce point. Je ne suis pas un scientifique.

Je respecte les points de vue, parfois opposés, des scientifiques. Mais je constate qu’aujourd’hui existe un large consensus pour dire que la température moyenne de la Terre s’est élevée de 1 °C et que l’activité humaine est au premier chef responsable de ce changement climatique qui pourrait atteindre, si rien ne change, 4 à 5 °C d’ici la fin du siècle. Les rapports successifs du GIEC sont formels.

Les conséquences de ce réchauffement sont déjà visibles et prévisibles : fonte des calottes polaires et des glaciers, élévation du niveau des océans, accentuation des phénomènes climatiques extrêmes (désertification ou inondations...).

... et, à la clef, parmi d’autres catastrophes, la multiplication par 10 du nombre de réfugiés climatiques (20 millions en 2008, 200 millions en 2050 !)

Selon les constatations les plus récentes, le réchauffement s’accélère et s’auto-alimente (la réduction de la surface de la banquise ou la pollution des glaciers de l’Himalaya diminue l’effet de réflexion du rayonnement solaire par la glace et augmente le réchauffement de la surface terrestre).

Mais le réchauffement climatique provoqué et entretenu par les GES (le CO2 n’étant pas seul en cause, le méthane et d’autres jouent un rôle important) n’est pas l’unique menace : les ressources naturelles s’épuisent, à commencer par celles qui ne sont pas renouvelables, les combustibles fossiles mais aussi les minerais, rares ou moins rares.

Quelles sont les actions politiques qui vous semblent aujourd’hui prioritaires ?

Adopter un accord ambitieux et partagé pour relancer l’après-Kyoto. Au plan national, l’équilibre devra être trouvé entre marché (de CO2) et taxe (contribution carbone) pour un résultat plus probant. Il faut aussi mieux articuler politiques d’adaptation et d’atténuation locales.

Pensez-vous que la prise de conscience du péril climatique puisse contribuer à un changement de société ?

Certainement. 95 % des Français affirment être prêts à adopter des habitudes d’achat durable. Le tri sélectif est devenu un geste quasi quotidien (63 % des déchets d’emballage sont recyclés en France, contre 25 % en 1992), et de plus en plus franchissent le pas du composteur individuel. La notion de propriété (autos, vélos, films ...), perd progressivement de sa pertinence dans de nombreux domaines de la consommation. La hausse des prix des carburants, conjuguée à une légère baisse des prix de l’immobilier, a contribué à un retour en ville après des décennies de reflux démographique.

Les grandes surfaces voient leur chiffre d’affaire diminuer au profit du commerce de proximité. Les habitudes des Français changent. Célibataires urbains, retraités, familles monoparentales préfèrent remplir un petit panier dans un magasin près de chez eux plutôt que de prendre leur voiture pour aller dans un grand magasin. Dans un même temps, ils redécouvrent les fruits et légumes en pensant à leur santé et à l’environnement. La responsabilité des politiques est engagée. Il leur appartient de privilégier des politiques favorables à ce « vivre autrement » et cette « consommation durable », afin de réduire l’empreinte écologique de l’activité humaine et accompagner nos concitoyens vers un changement de société, vers ce que j’appelle «la sobriété heureuse» !

de l’Académie française

Voici le livre que nous étions beaucoup à attendre.

Car il répond à la question clé de notre avenir : quelles conséquences les activités humaines ont-elles sur le climat de la Terre ?

Depuis quelque temps, perdus dans les controverses, nous, le commun des mortels, pauvres ignorants des mystères de la science mais préoccupés du destin de nos enfants, ne savions plus à quels saints nous vouer et où était la vérité.

Car cette question soulève bien des passions et des prises de position aussi véhémentes que contradictoires.

Les uns y voient un risque mortel pour l’humanité, voire pour la vie de notre planète. D’autres, à l’opposé, pensent qu’il ne s’agit que d’un pur fantasme. Pour ces derniers, il n’y a aucune raison de croire à l’influence des hommes sur les changements climatiques : bien d’autres causes sont en jeu, qui dépassent les agitations, fussent-elles frénétiques, de notre petite espèce.

On peut trouver surprenante une telle controverse, car des milliers de scientifiques travaillent sur ce sujet depuis une cinquantaine d’années dans tous les pays du monde. À une écrasante majorité, ils partagent les mêmes conclusions, je veux dire la même inquiétude.

Mais le fait est là : le débat fait rage. Un état des connaissances, et des incertitudes, s’impose. Le plus clair possible, et le moins discutable.

Car s’il faut agir, c’est MAINTENANT.

Nous paierions trop cher tout retard. Pour la première fois, sans doute, de l’histoire des hommes, une génération va laisser aux suivantes, sans guère de vergogne, une dette financière immense. Ce n’est pas une raison pour en ajouter une autre, d’encore plus redoutable ampleur.

Je me souviens de ce que me disait un étudiant chinois à qui je demandais s’il aimait la France. « Oui, m’a-t-il répondu, mais vous n’aimez pas vos enfants. » Et devant ma stupéfaction il a ajouté : « Un pays qui s’endette comme le vôtre n’aime pas ses enfants. »

Le Club des Argonautes réunit des scientifiques qui, outre leur travail de chercheur, ont assuré des responsabilités au plan national, européen et international. Aujourd’hui retraités, mais toujours très impliqués dans des domaines variés concernant la recherche, ils prennent plaisir à échanger sur différentes disciplines : l’océanographie, l’atmosphère et l’énergie, qu’ils ont étudiées au cours de leur carrière, et à exprimer leur point de vue sur les sujets d’actualité. Ils sont totalement indépendants de tout groupe de pression extérieur et possèdent collectivement de solides connaissances de base.

J’ai rencontré ces Argonautes voilà déjà sept ans, en préparant mon livre sur le Gulf Stream. Ils m’ont accueilli avec générosité, sans trop se moquer de mes ignorances. Avec patience, ils m’ont expliqué des choses. Une amitié est née de la confiance. Je crois qu’ils se disaient : « Erik n’a pas notre savoir, mais il travaille et il sait raconter ; nous, nous savons mais peut-être ne pouvons-nous pas raconter aussi bien que lui... Normal, puisque c’est son métier. » C’est ainsi qu’ils m’ont jugé digne de les rejoindre. Inutile de dire l’honneur que j’en ai ressenti.

Quand le débat sur le climat est devenu insupportable, insupportable de faussetés entendues, de brouillard entretenu, d’attaques personnelles immondes, je leur ai dit : « N’est-ce pas le moment, chers Argonautes, de prendre la parole ? Libres et compétents comme vous l’êtes, n’est-ce pas à vous de redonner clarté, sérénité et responsabilité à ce débat ?»

Ils ont d’abord bougonné (c’est leur manière à eux de se mettre en jambes). Ils se sont ensuite un peu engueulés (c’est leur tactique habituelle pour se préparer au consensus).

Et ils se sont mis au boulot sous la double férule d’Aline Chabreuil et de Michel Petit.

Voici le résultat.

Je leur tire mon chapeau.

Tout est dit, les certitudes et les doutes, dans la langue la plus limpide.

Il suffit de lire pour se faire une opinion. Grâce aux Argonautes, dont ce livre complète heureusement, pour le grand public, le dernier rapport de l’Académie des sciences, les faits sont là. La discussion peut reprendre, sur des bases enfin saines. Le débat est désormais clos, et que l’action commence.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : QUELLES DECISIONS POLITIQUES ?

Questions posées à Michel Rocard

Face au changement climatique, quelles décisions politiques prendre ?

Le risque de changement climatique est considérable et sa survenance serait une catastrophe extrême.

Dans l’état actuel des connaissances on est en présence d’un choix entre deux systèmes.

Celui des quotas d’émissions cessibles retenu par le protocole de Kyoto, déjà pris en compte dans quelques éléments du commerce international de l’énergie et mis en œuvre effectivement uniquement en Europe par les producteurs d’électricité et producteurs de matériaux à haute consommation énergétique, et d’autre part la taxe carbone mise en œuvre seulement dans deux ou trois pays scandinaves peut être aussi en Australie où il en a été beaucoup question.

Le système des quotas est le premier à avoir été une fois mondialement accepté et à être potentiellement acceptable, même par des gouvernements hostiles à toutes taxes. Sa recommandation n’a pourtant pas été renouvelée par la Conférence de Copenhague (COP 15).

Des négociations annuelles sont en cours pour le reconfirmer. Pourtant il marche très mal, il est beaucoup trop spéculatif et, corrélé avec le prix du pétrole, le prix des quotas demeure actuellement non dissuasif. On ne voit guère en outre comment il pourrait augmenter pour atteindre un niveau qui le soit. La seule alternative efficace serait une taxation mondialement acceptée des émissions de gaz carbonique. C’est infiniment plus efficace et plus équitable mais cela fait toujours l’objet d’un refus d’une majorité de gouvernements. C’est donc toujours l’opinion publique qui doit exercer dans tous les pays la pression nécessaire pour l’arracher.

Reste le cas du méthane ; beaucoup moins volumineux dans l’atmosphère que le gaz carbonique mais à volume égal, 20 fois plus producteur d’effet de serre. La phase des études administratives pour savoir comment traiter ce problème commence à peine.

Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de la réalité de ce sujet ?

De multiples articles dans la presse dans la décennie 1980.

C’est lorsque j’ai appris la création du Giec que j’ai pris l’initiative de lancer l’appel de La Haye (mars 1989) qui fut signé par 24 Nations et a contribué à inscrire le climat parmi les problèmes traités à la Conférence mondiale du Sommet de la Terre et signés à Rio en 1992.

Quelle perception avez-vous des résultats scientifiques ?

Que le Giec a raison.

Quelles sont les actions politiques qui vous semblent aujourd’hui prioritaires ?

  1. l’adoption de la taxe carbone dans un nombre croissant de pays, à commencer par le mien, la France.
  2. la réouverture des négociations internes à l’Union européenne, visant ou bien la réforme du système des quotas ou bien son remplacement par une taxe carbone.
  3. la mise à l’étude dans le plus grand nombre possible de pays des moyens administratifs de traiter le risque du méthane.

Pensez-vous que la prise de conscience du péril climatique puisse contribuer à un changement de société ?

La prise de conscience du péril climatique est la condition absolument nécessaire pour le traiter correctement.

Le résultat en serait une diminution de notre consommation énergétique et plus encore une modification radicale des conditions de production de cette énergie au profit des énergies renouvelables.

Ce sera indiscutablement le début d’un changement de société.

Mais il comportera bien d’autres aspects touchant les matériaux et les modes de vie.