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calottes polaires et glaciers

  • Les problèmes d’énergie suscitent des débats, la zone polaire arctique est au centre d’un autre débat !

  • Pierre Chevallier et Bernard Pouyaud (1) 

    La question des glaciers continentaux revient très souvent dans la discussion sur le changement climatique. Ils servent tour à tour d’argumentaires ou de témoins pour des questions aussi diverses que la montée du niveau des mers, l’accélération de la croissance de la température, la diminution, voire la disparition, des réservoirs d’eau douce qu’ils constituent, les risques qu’ils induisent, etc. Ils sont même parfois utilisés comme contre-arguments par les climato-sceptiques, constatant leur avancement dans certaines, mais très rares, régions du globe.

  • Publication dans "The Guardian" : Arctic time capsule from 2018 washes up in Ireland as polar ice melts. Une histoire charmante mais inquiétante.

  • Laurent Labeyrie 

    La réponse de la calotte glaciaire groenlandaise au réchauffement anthropique constitue une des grandes interrogations scientifiques des dernières dizaines d’années, d’autant plus que la zone polaire arctique s’échauffe approximativement quatre fois plus vite que la tendance globale.
    Chaque année, la calotte perd de la masse, et la banquise disparaît de plus en plus vite en été.


    grace ice mass

    Cliquer sur l'image pour voir les pertes de masse de la glace au Groenland. Source NASA

    Les spécialistes s’accordent sur le fait que cette calotte ne pourrait subsister à long terme sur une Terre à +5°C, celle d’il y a plus de 10 millions d’années. Sa fonte complète élèverait de +7,2 m environ le niveau marin moyen. Ce serait la totalité des zones côtières et des plus grandes villes qui se verraient impactées, des centaines de millions d’habitants dont le cadre de vie disparaîtrait.
    Toutefois l’inertie des calottes de glace est considérable : les données paléoclimatiques et la modélisation à long terme des calottes glaciaires concourent à montrer qu’une fonte de la calotte groenlandaise de plusieurs mètres d’équivalent niveau de la mer n’apparaît concevable, même avec les scénarios les plus extrêmes, qu’à l’échelle de plusieurs centaines d’années. Le GIEC, dans son rapport AR5 (1) envisage pour la fin du siècle et suivant les scénarios climatiques, une fonte limitée à 20 à 30 cm équivalent niveau de la mer, mais en utilisant des modèles encore loin de pouvoir prendre en compte tous les processus significatifs des interactions glace climat. La presse, de son coté, s’est fait l’écho cette année de propos alarmistes sur des déséquilibres «irréversibles» des glaciers groenlandais.

    Qu’en est-il ?

    La calotte glaciaire, étendue sur 20° de latitude entre 61°et 81° de latitude nord, couvre environ 80% du territoire groenlandais, avec un volume voisin de 2,8 millions de km3 (soit une masse voisine de 2,5 millions de Gt) et une surface voisine de 1,7 millions de km2 (soit une épaisseur moyenne de 1 600 m) . Elle est installée dans une vaste cuvette s’enfonçant jusqu’à quelques centaines de mètres sous la surface de la mer, entourée d’un bourrelet de plateaux et montagnes de 500 à 2 000 m environ d’altitude, topographie dictée par les ré-équilibrages de la croûte terrestre sous le poids de la masse glaciaire. La calotte s'ouvre vers la mer par des glaciers entaillant ce bourrelet périphérique. Ils alimentent généralement des banquises flottantes dans des fjords, quand ils n’ont pas régressé, ancrés sur le socle en amont des fjords. 

     Carte de la calotte glaciaire groenlandaise

    Figure 1A :Épaisseur de la calotte groenlandaise
    Figure1B  : Topographie du socle, adaptées de wikipedia-Inlandsis du Groenland.
    Figure 1C : Topographie de la calotte et distribution des glaciers périphériques (MNT SRTM à 90 m), communication P. Chevallier

    Cette calotte est apparue progressivement, comme les autres calottes arctiques (nord-américaines et européennes), il y a moins de 10 millions d’années, en conséquence du refroidissement de la surface terrestre (de l’ordre de 10°C) qui a accompagné l’Ère Tertiaire (2) . Les surfaces couvertes par ces calottes, se sont progressivement étendues vers les latitudes plus basses avec l’accentuation des périodes froides des derniers millions d’années. La calotte groenlandaise est devenue semi-permanente il y a environ 3 millions d’années (le Pliocène), son volume étant modulé, comme celui des autres calottes polaires, par les variations climatiques liées aux oscillations des paramètres astronomiques de l’orbite de la Terre autour du soleil (3). Lors des principaux interglaciaires du dernier million d’années (le Pléistocène), périodes pendant laquelle les températures globales étaient supérieures de +2 à +4°C à la référence préindustrielle, le volume de la calotte groenlandaise pourrait avoir temporairement décru jusqu’à moins de 50% du volume actuel, avec une contribution de quelques mètres sur la montée du niveau de la mer (4), mais les données disponibles restent en partie ambiguës, et la modélisation très fragmentaire. Les mêmes incertitudes existent pour le dernier interglaciaire, il y a 125 000 ans (5).

    Les calottes Nord-Américaines et Européennes, elles, ont disparu à chaque interglaciaire, comme c’est le cas actuellement, pour ne laisser que quelques glaciers isolés en montagne et aux latitudes les plus nordiques. La plus grande réactivité de ces calottes se retrouve aussi en période glaciaire : la calotte Groenlandaise ne gagne alors qu’environ 50 % de volume par rapport à l’actuel (-3 à -4 m d’équivalent niveau de la mer), alors que les calottes américaines et européennes stockent ensemble pas loin de 100 m d’équivalent niveau de la mer à leur maximum d’extension. Nous sortirions progressivement de l’interglaciaire actuel, avec une nouvelle glaciation dans plusieurs dizaines de milliers d’années, si le réchauffement actuel d’origine anthropique n’en avait interrompu, au moins provisoirement, l’évolution.

    Comme pour tout glacier, la glace de la calotte est formée à partir de l'accumulation des neiges, et disparaît par la fonte estivale et l’écoulement progressif vers les vallées. La calotte se développe dans une zone pour laquelle l’apport (glaces fluant de l’amont et chutes de neige hivernales) dépasse l’export (écoulement vers l’aval de la glace et de l’eau de fonte estivale). Sa croissance est donc favorisée par l’abondance des chutes de neige en période froide. Neige et glace sont érodées par la fonte estivale de surface (ou par la fonte basale si le sous bassement (socle ou marin) est suffisamment chaud) et l’écoulement des eaux de fonte, et par le glissement des masses glaciaires vers l'océan. La vitesse de glissement du glacier dépend de sa structure (liée à son histoire), sa température (qui agit sur les propriétés mécaniques de la glace), de son poids (l’épaisseur de la glace), de la pente (faible ou même inversée dans les zones centrales, souvent forte en bordure périphérique), des frictions basales (modulées en particulier par l’existence d’eau liquide à la base), et d’obstacles éventuels au glissement (par exemple si le glacier butte sur une autre plateforme glaciaire ou s’accroche sur un sous-bassement rocheux).

    Considérons d’abord les bilans de surface accumulation de neige versus fonte estivale. Les précipitations neigeuses sont absentes des zones soumises à l’air polaire hivernal, sec et très froid, en grande partie issu de la stratosphère. La croissance des calottes uniquement sous leur influence est nulle. La neige ne tombe qu’associée à la pénétration de fronts dépressionnaires d’air plus chaud et humide, issus des latitudes plus basses ou de systèmes ayant échangé avec des eaux océaniques chaudes. La température moyenne de l’air au-dessus de la calotte ne joue donc pas le même rôle si elle est froide (en dessous de -20°C à -10°C) ou plus chaude. Tant qu’elle est froide, la probabilité de fortes chutes de neige augmente avec la température moyenne annuelle. Mais le nombre de jours de dégel augmente aussi. Au cours d’une période de réchauffement climatique comme l’actuel le basculement entre excès d’accumulation (donc croissance) et excès de fonte (donc décroissance) dépend de la variabilité saisonnière des températures et de la climatologie. Exprimée dans une relation bilan glaciaire local par rapport à la température moyenne annuelle, Ruddiman plaçait cette ligne d’équilibre entre -5°C et -10°C, la fonte de la calotte accélérant rapidement au-dessus de cette limite (Figure 2).

    Dynamique calottes glaciaires.
    Figure 2 : schéma général de la dynamique des calottes glaciaires : Balance de masse en fonction de la température moyenne annuelle, repris à partir des travaux de Ruddiman et d’Oesterman (6) (en bleu le domaine de croissance, en rouge celui de fonte), sur lequel sont replacés les domaines approchés de la variabilité climatiques de la calotte groenlandaise actuelle, pour la zone centrale (en vert) et la périphérie (en orange)

    Avec une température moyenne annuelle entre -5°C et -10°C limitée uniquement aux zones proches des bordures marines, et plus près de -20°C au centre, la calotte groenlandaise devrait suivant ce schéma être essentiellement stable ou en croissance. Les simulations de balance de masse de surface (accumulations neigeuses - fonte superficielle) réalisées dans le cadre du programme international CMIP6 (7a) montrent que c’est le cas actuellement, avec un excès de la balance de surface voisin de 300 Gt/an. Le passage à un bilan superficiel déficitaire est prévu autour de 2050. Par contre, le schéma de Ruddiman ne prend pas en compte l’écoulement glaciaire qui joue en fait un rôle considérable pour la calotte groenlandaise 7b).

    La zone particulièrement sensible au contrôle des écoulements glaciaires est celle de l’interface entre la calotte centrale, ancrée sur son socle rocheux, à écoulement lent (de l’ordre de quelques cm à quelques m/an), mais qui constitue l’essentiel de la masse glaciaire et les fleuves glaciaires et glaciers périphériques qu’elle alimente, qui peuvent s’écouler localement à des vitesses dépassant le km/an (8)  : comme nous l’avons vu, l’écoulement de ces glaciers et «fleuves glaciaires» est contraint par leur pente (souvent forte, à la sortie du bourrelet périphérique) et la température (plus élevée à l’approche de la mer). La géométrie en U des vallées glaciaires sous-jacentes, rabotées par l’érosion glaciaire depuis des millions d’années, et dont la base est proche du niveau de la mer souvent jusqu’à plus de 100 km à l’intérieur des côtes facilite aussi l’écoulement (9). Ce sont ces glaciers qui alimentent les plateformes glaciaires flottantes périphériques.

    Alors que les vitesses d’écoulement de la partie centrale de la calotte ont tendance à diminuer depuis l’an 2000, les vitesses d’écoulement dans les zones alimentant des banquises flottantes ont, elles, tendance à accélérer, en lien avec le réchauffement des eaux périphériques (10) : Les banquises fondent au contact des eaux océaniques, deviennent plus fragiles et se libèrent ainsi d’une partie de leurs ancrages sur le socle rocheux, facilitant la formation d’icebergs. Cette érosion facilite l’écoulement des glaciers en amont, les flux à l’interface glacier ancré/banquise flottante dépendant fortement de l’épaisseur de glace à l’interface (11).

    Du fait des incertitudes sur la stabilité de la calotte groenlandaise face au réchauffement climatique, elle fait l'objet de nombreuses études, en particulier par satellites, mais aussi par radar et lidar aéroportés, depuis les années 1990. Une attention particulière est portée sur la continuité des observations de suivi de l'évolution des vitesses d'écoulement, de l'altimétrie, de la gravimétrie, et de la cartographie des fontes estivales. (encart satellites d’observation).

     

    L’observation de la calotte groenlandaise par satellites à orbite polaire

    Après les premières informations obtenues par les satellites imageurs optiques au-début des années 1960, les premières mesures dédiées à l’observation des glaces remontent au début des années 1990. L’imagerie optique a en effet vite été jugée trop limitée, car elle n’est pas utilisable pendant la nuit polaire et en présence de nuages.

    Trois types de mesures sont principalement utilisés :

    L’imagerie radar à synthèse d’ouverture (SAR) permet, par suivi temporel, de cartographier l’évolution des limites englacées, et de visualiser les changements de distribution d’éléments reconnaissables de la surface glaciaire, et ainsi des vitesses d’écoulement des glaciers. La technologie SAR permet de plus, grâce au mode interférométrique de mesurer directement des variations d’altitude de la surface de glace. En Europe les missions ERS1 et 2, ENVISAT puis aujourd’hui Sentinelle 1 (Programme Copernicus) ont permis un suivi quasi continu des glaces des calottes polaires depuis 1991, en complément d’autres missions comme RADARSAT (Canada) observant en particulier les glaces depuis 1995.

    L'altimétrie, radar ou optique (lidar), permet de mesurer le profil de variation le long de la trace du satellite de l’altitude de la surface des glaces. Cette altitude est déduite de leur distance à la surface d’un satellite dont l’altitude est connue en permanence de façon précise. La distance peut-être mesurée par lidar (NASA ICESAT 2003-2009 puis ICESAT 2 2018- ) ou par radar altimètre, altimètres multi missions (ESA ERS1-2, ENVISAT puis Sentinelle 3 du programme Européen Copernicus) et tout particulièrement par la mission CRYOSAT 2 (ESA 2010- ) dont l’instrument radar a été optimisé pour les mesures sur glace (mode interférométrique) et l’orbite choisie pour le suivi des zones polaires (inclinaison de 92°).

    La gravimétrie permet de mesurer les variations de la répartition des masses de la terre : la mission GRACE (NASA et DLR, 2002-2017) suivie de GRACE-FO (lancé en 2017) fonctionne avec 2 satellites qui orbitent en tandem et mesurent les variations de leur distance respectives dues aux variations de la gravité locale. Au-dessus des zones polaires ces satellites fournissent ainsi très directement les changements affectant les masses de glace (répartition, fonte ou accumulation).

    Bulletin 2014 World Meteorological Organization

     

    Le bilan de masse total, différence entre l'accumulation de neige, et l'export dû à la fonte et aux écoulements hors des zones ancrées sur le socle continental, a ainsi pu être reconstitué à partir de 1972 pour les différentes zones du Groenland, en regroupant l'ensemble des données satellitaires disponibles depuis le programme Landsat (et celles de type altimétrie, vélocité puis gravimétriques pour les années plus récentes) et en les traitant grâce à des modèles climatiques régionaux7(Mouginot et al. 2019). Une grande variabilité décennale et régionale des bilans de masse de surface apparaît sur cette période, liée à la fois à l’apport plus ou moins important de neige issue des dépressions sub-polaires ou au contraire à des fontes estivales exceptionnelles (comme pour l’été 2019). Cette variabilité s'ajoute à une tendance marquée à la baisse de la masse glaciaire depuis les années 1980, tendance surtout marquée après 2000, avec un export de glace voisin de 500 Gt/an depuis 2010. Sur l'ensemble de la période 1972-2018, le Groenland aurait contribué pour 14 mm à la hausse du niveau de la mer global, 2/3 de cette valeur étant liée à l'augmentation de l'écoulement glaciaire, et 1/3 à la diminution du bilan de masse lié à la fonte en surface. En ce qui concerne l'aspect régional, les auteurs de cette étude montrent l'importance de plus en plus grande que prennent les écoulements glaciaires du nord du Groenland, là où le réservoir de glace est le plus large (ce ne sont pas forcément de bonnes nouvelles pour les dizaines d'années à venir) (12).

     Il faut toutefois signaler l'importance des incertitudes dans les reconstitutions de bilan de masse et leur évolution, ce qui limite les possibilités de prédiction de l'évolution à long terme de la calotte Groenlandaise. Une des principales causes d’incertitude dérive de l'insuffisance des connaissances sur les réajustements verticaux de la croûte sous glaciaire à la suite des changements de pression (épaisseur de glace) liés à l’évolution des périodes de croissance et fonte passées, ces réajustements intégrant l’ensemble de l’histoire de la calotte depuis la dernière déglaciation, il y a plus de 10 000 ans. La seconde source majeur d’incertitudes vient de la difficulté de quantifier de façon précise les rétroactions entre dynamiques océaniques, atmosphériques et glaciaires aux différentes échelles de temps. La synthèse des prédictions résultant des différents modèles climatiques et glaciaires réalisée en 2020 par Marzeion et al (13) donnerait, suivant les scénarios, une contribution de 5 à 10 cm à l’augmentation globale du niveau de la mer pour 2100 (elle-même de 0,8 à 1,6 m entre les scénarios les plus contraignant (RCP2,6 voir Scénarios GIEC) et les moins contraignant (RCP8,5). Une modélisation plus détaillée de l’écoulement des fleuves de glace a été publiée en 2019 (14), forcée par les distributions de températures issues des modèles GCM CMIP5 et des scénarios du GIEC pour 2100, extrapolés en s’appuyant sur les expériences CMIP 5 poussées jusqu’à 2300. Suivant les scénarios, la fonte de la calotte provoquerait une montée du niveau de la mer de 5 à 33 cm en fin de siècle. Les différences du simple au triple pour le scénario RCP8,5 entre ces deux synthèses donne une idée des incertitudes encore présentes dans ces estimations. Mais quels que soient les chiffres finaux, les impacts liés au réchauffement arctique et à la fonte ainsi estimée seront considérables tant pour les populations et l’économie du Groenland et des nations périphériques, que pour l’environnement et la climatologie arctiques.

    Enfin, bien que l’impact global en terme de niveau de la mer resterait assez limité au cours du XXIème siècle, on peut toutefois craindre, comme signalé en introduction, que la déglaciation du Groenland ne devienne quasi complète à l’échelle des prochains millénaires en l’absence de fortes mesures d’atténuation des émissions. 


    Notes

    1 IPCC. Climate Change 2013: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change (Cambridge Univ. Press, 2013). 

    2 Les fluctuations climatiques à grande échelle sont attribuées aux interactions entre évolution tectonique et climatique globale. Le refroidissement progressif de l’Ère Tertiaire fait suite au démantèlement depuis le Trias des super-continents issus de la Pangée. L’ouverture de l’Océan Atlantique, de l’océan Indien et la migration vers le pôle sud du continent Antarctique a permis le développement d’une circulation océanique péri-Antarctique et l’apparition de la calotte Antarctique il y a environ 30 millions d’années. La disparition de la grande boucle équatoriale de circulation des eaux de surface et intermédiaire séparant les continents américains nord et sud d’une part, et l’Afrique du bloc Europe-Asie d’autre part a accompagné l’évolution vers la distribution continentale actuelle, il y a environ 3 millions d’années.

    3 L’alternance des épisodes glaciaires/interglaciaires du dernier million d’années et les changements climatiques associés ont été étudiés à partir des forages sédimentaires réalisées dans les différents bassins océaniques et le forage de glace de Vostok en Antarctique, complétés par de très nombreuses autres données pour les derniers 100 à 200 00 ans. Cette alternance est principalement modulée par les oscillations de l’orbite terrestre autour du soleil et les changements de l’insolation estivale aux hautes latitudes de quelques dizaines de W/m2 qui en résultent (cycles de « Milankovitch » avec des périodicités voisines de 20 et 40 000 ans, voir la FAQ). Le creusement par l’érosion à long terme des lits et pénéplaines glaciaires a facilité l’étalement des calottes et leur stabilité, permettant la succession des grands cycles glaciaires interglaciaires de 100 000 ans de périodicité qui ont rythmé les derniers 600 000 ans. Lors des périodes de plus basse insolation estivale, les calottes s’étendent vers les latitudes moins septentrionales (en particulier sur les continents nord-américain et européens), pour régresser fortement, au contraire, lors des pics d’insolation estivale à hautes latitudes. Le début du dernier interglaciaire, il y a 125 000 ans, correspond à un maximum d’insolation estivale de l’hémisphère nord (autour de +60 w/m2 par rapport à l’actuel, en juin à notre latitude), lié au cycle de précession (24 000 ans), qui était approximativement en phase avec un maximum d‘inclinaison de l’axe de rotation (cycle de 40 000 ans) et un maximum d’excentricité de l’orbite terrestre (cycles de 100 et 400 000 ans). L’interglaciaire actuel, débuté il y a 10 000 ans, correspond à un maximum d’insolation estivale sur l’hémisphère nord (autour de 40 W/m2 par rapport à l’actuel, en juin à notre latitude) lié à l’obliquité et la précession, mais pour lequel l’excentricité est à son minimum.

    4 Schaeffer et al Greenland was nearly ice-free for extended periods during the Pleistocene, Nature, 540, 252, 2016

    5 Oppenheimer, M., B.C. Glavovic , J. Hinkel, R. van de Wal, A.K. Magnan, A. Abd-Elgawad, R. Cai, M. Cifuentes-Jara, R.M. DeConto, T. Ghosh, J. Hay, F. Isla, B. Marzeion, B. Meyssignac, and Z. Sebesvari, 2019: Sea Level Rise and Implications for Low-Lying Islands, Coasts and Communities. In: IPCC Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate [H.-O. Pörtner, D.C. Roberts, V. Masson-Delmotte, P. Zhai, M. Tignor, E. Poloczanska, K. Mintenbeck, A. Alegría, M. Nicolai, A. Okem, J. Petzold, B. Rama, N.M. Weyer (eds.)].

    6 Figure adaptée de la Figure 10-1 in W.F. Ruddiman Earth’s Climate Past and Future ED W.H. Freeman and Company N.Y. 2001, à partir de J. Oerlemans “The role of Ice Sheets in the Pleistocene Climate” Norsk Geologisk Tidsskrift 71 (1991) 155-61

    7a Hofer et al. Greater Greenland Ice Sheet contribution to global sea level rise in CMIP6 NATURE COMMUNICATIONS (2020) 11:6289 //doi.org/10.1038/s41467-020-20011-8 

    7b J. Mouginot, et al. Forty-six years of Greenland Ice Sheet mass balance from 1972 to 2018. PNAS (2019 ) vol. 116 no. 19 9239–9244 doi/10.1073/pnas.190424ant2116 )

    8 Peyaud V. Rôle de la dynamique des calottes glaciaires dans les grands changements climatiques des périodes glaciaires-interglaciaires. Climatologie. Université Joseph-Fourier - Grenoble I, 2006.

    9 Morlighem, M et al. Deeply incised submarine glacial valleys beneath the Greenland ice sheet Nat. Geosci. MAY 2014, DOI: 10.1038/NGEO2167

    10 Tedstone, A., Nienow, P., Gourmelen, N. et al. Decadal slowdown of a land-terminating sector of the Greenland Ice Sheet despite warming. Nature 526, 692–695 (2015). https://doi.org/10.1038/nature15722

    11 Schoof C. Ice sheet grounding line dynamics: Steady states, stability, and hysteresis Journal of Geophysical Research, V. 112, F03S28, doi:10.1029/2006JF000664, 2007
    Rignot, E. and 6 others. 2008. Recent Antarctic ice mass loss from radar interferometry and regional climate modelling. Nature Geosci., 1(2), 106–110

    12 Les médias ont répercuté cet été 2020 des nouvelles assez « catastrophistes » de la fonte de la calotte, qui serait devenue « irréversible ». Cette inquiétude est liée à une interprétation incomplète de l’étude sur la dynamique des glaciers côtiers réalisée par King et ses coauteurs (ref ci-dessous). Ils montrent, à partir d’une nouvelle synthèse de données prenant en compte en particulier les déplacements des falaises frontales glaciaires en limite marine, que celles-ci régressent de plus en plus vite vers l’intérieur des fjords sous l’influence du réchauffement côtier (14% d’accélération en 30 ans, surtout après les années 2000). L’écoulement des glaciers périphériques s’est accéléré en réponse (en particulier dans la période 2000-2003). Cette érosion apparaît relativement constante depuis 2003, ce qui fait penser aux auteurs que ce nouveau régime d’érosion des glaciers côtiers peut se poursuivre indépendamment du forçage climatique. Mais nulle part, les auteurs envisagent que ce processus se transmette à l’ensemble des glaciers ancrés sur le socle des zones centrales de la calotte, et annonce sa destruction finale!
    Michalea D. King, Ian M. Howat, Salvatore G. Candela, Myoung J. Noh, Seonsgu Jeong, Brice P. Y. Noël, Michiel R. van den Broeke, Bert Wouter & Adelaide Negrete Dynamic ice loss from the Greenland Ice Sheet driven by sustained glacier retreat. Communication Earth and Environment (2020) 1:1 //doi.org/10.1038/s43247-020-0001-2

    13 Marzeion, B., Hock, R., Anderson, B., Bliss, A., Champollion, N., Fujita, K., et al. (2020). Partitioning the uncertainty of ensemble projections of global glacier mass change. Earth's Future. 8, e2019EF001470. https://doi. org/10.1029/2019EF001470

    14 Aschwanden A. et al Contribution of the Greenland Ice Sheet to sea level over the next millennium Sci. Adv. 2019;5: eaav9396 19 June 2019

  • Coup de chaud sur les montagnes, par Bernard Francou et Marie Antoinette Mélières

  • Aux hautes latitudes de l'hémisphère nord, le réchauffement du climat est beaucoup plus rapide qu' aux latitudes tropicales.

  • Je vais essayer de me rappeler de ma prise de conscience personnelle et progressive du changement climatique :

  • Il s’agit de simuler le fonctionnement d’un glacier théorique (avancement, recul) soumis à des conditions climatiques de température et de précipitation pour deux saisons moyennes de 6 mois chacune, une d’hiver et une d’été.

  • L’augmentation récente de la masse de glace antarctique

    Alors que la masse totale de glace constituant le continent antarctique n’a cessé de décroitre depuis l’an 2000, essentiellement du fait de la fonte associée au réchauffement climatique, une brusque augmentation est observée entre 2021 et 2023, comme le montre la figure 1 suivante, extraite de la présentation faite par SciTechDaily de l’étude de Wang et al. (2025).

  • Exposé de Guy Duchossois - session 217 du 2 octobre 2025

     

    Support de présentation (pdf)

     

    Introduction

    La présentation intitulée “ Copernicus : les services opérationnels pour les régions polaires” », faite au Club des Argonautes en octobre 2025, décrit de manière générale la structure, les objectifs et le fonctionnement du programme européen Copernicus. Il met particulièrement l’accent sur la “dimension polaire” du programme, c’est-à-dire les services, produits et observations destinés à la compréhension et à la surveillance des zones arctique et antarctique.

    Copernicus constitue aujourd’hui l’un des piliers de la politique spatiale de l’Union européenne, et plus largement un instrument stratégique au service des politiques environnementales et climatiques de l’Union européenne.

    Rappel sur l’origine et le développement de Copernicus

    Le programme Copernicus trouve son origine à la fin des années 1990 dans le cadre d’une coopération entre l’Union européenne, l’Agence spatiale européenne (ESA), EUMETSAT et des agences spatiales nationales européennes (CNES, DLR, ASI, BNSC). En mai 1998, la signature du « Manifeste de Baveno » marque la naissance de GMES (Global Monitoring for Environment and Security), futur Copernicus. Ce manifeste exprime la volonté de doter l’Europe d’une capacité autonome de fournitures de services opérationnels fondés sur l’exploitation combinée de données de satellites d’observation de la Terre et de systèmes d’observation in situ.

    La présentation rappelle que Copernicus a été conçu pour répondre aux besoins d’utilisateurs opérationnels, notamment les autorités publiques mais également aux décideurs politiques et à la communauté scientifique.

    Le programme repose sur une architecture institutionnelle solide : la Commission européenne en assure la coordination et le financement, tandis que les agences partenaires (ESA, EUMETSAT, ECMWF, EEA, JRC, SatCen, EMSA, Frontex, Mercator Océan, etc.) en assurent la mise en œuvre opérationnelle et la mise à disposition des produits aux utilisateurs.

    Le budget cumulé entre 1998 et 2020 est estimé à 6,7 milliards d’euros, dont environ 4,3 milliards dépensés entre 2014 et 2020. La répartition des financements de ce budget illustre la forte implication de l’Union européenne : environ 67 % des coûts sont assumés par l’UE et 33 % par l’ESA. Le budget estimé par la Commission entre 2021 et 2027 est de 5.8 milliards €. Le budget total investi représente donc un effort majeur de l’Europe qui lui confère une position de « leadership » dans le domaine des réalisations spatiales civiles.

    Architecture et Services Copernicus

    Le système Copernicus s’appuie sur une constellation de satellites appelés “Sentinel “, développés par l’ESA. Ces satellites sont complétés par des observations issues de satellites nationaux, européens (par example d’Eumetsat) ou internationaux.

    L’ESA et EUMETSAT assurent la coordination du segment spatial, en garantissant la qualité et la continuité des données satellitaires. L’Agence européenne de l’environnement (AEE) coordonne les moyens d ‘observation in situ.

    L’ensemble de ces données alimente six services thématiques opérationnels, chacun dédié à un champ d’application particulier décrit brièvement ci-dessous.
    Le Service Atmosphère surveille la composition de l’air, l’ozone, les aérosols et les émissions de gaz à effet de serre. Le Service Marin fournit des informations sur la température, la salinité, les courants, les vagues, ainsi que sur la couverture et la dérive des glaces de mer. Le Service Terrestre se concentre sur la végétation, les forêts, les zones urbaines, l’humidité des sols et les ressources en eau. Le Service Changement Climatique compile des indicateurs globaux pour l’étude du réchauffement planétaire et des variations à long terme. Le Service Sécurité concerne la surveillance maritime, la gestion des frontières, la lutte contre la pollution et les catastrophes. Enfin, le Service Urgences fournit une cartographie rapide en cas d’inondation, de séisme ou d’incendie.
    Chaque service repose sur une chaîne de valeur complète : acquisition des données, traitement, validation et diffusion. Les produits Copernicus sont gratuits et librement accessibles, ce qui favorise la transparence, la recherche et l’innovation.

    Les services Copernicus pour les régions polaires

    La présentation met un accent particulier sur la contribution de Copernicus à la surveillance des régions polaires, zones essentielles pour la compréhension du changement climatique. Ces régions jouent un rôle central dans la régulation du climat terrestre, notamment à travers la formation de la banquise, la circulation océanique et les échanges atmosphériques.

    Les satellites Sentinel, associés aux modèles océaniques développés par Mercator Océan et à ceux de l’ECMWF, permettent de suivre la dérive des glaces, la température de surface, la salinité et le niveau des océans. Ces données sont intégrées dans des systèmes d’alerte et de prévision utiles à la navigation, à la recherche scientifique et à la gestion environnementale. Le Service Marin et le Service Climatique de Copernicus fournissent des produits dédiés aux utilisateurs opérant dans ces zones : cartes de concentration de glace, prévisions de dérive, anomalies thermiques, et analyses saisonnières.
    L’objectif affiché du programme pour les régions polaires est double : d’une part, contribuer à une meilleure connaissance des mécanismes climatiques globaux, et d’autre part, appuyer les politiques publiques liées à la sécurité maritime, à la préservation des écosystèmes et à la recherche scientifique.

    Mise en place et Mandats des Polar Expert Group I, II et III (2017–2020)

    La création des Polar Expert Groups (PEGs) s’inscrit dans la volonté de la Commission européenne d’améliorer la qualité et la cohérence des services Copernicus pour les régions polaires. Ces groupes PEG I, II et III ont été mis en place progressivement à partir de 2017, avec le soutien de l’Agence spatiale européenne (ESA) et d’EUMETSAT. Leur composition réunissait des représentants d’agences européennes, d’organismes de recherche, de services météorologiques, ainsi que des utilisateurs institutionnels et scientifiques. A noter que le Canada participant à Copernicus était aussi représenté.

    Chaque PEG disposait d’un mandat clair, défini par la Commission. Les PEGs devaient :

    • Mettre à jour les besoins spécifiques des utilisateurs opérant dans les zones polaires
    • Évaluer la performance, la qualité et la couverture des services existants
    • Identifier les lacunes techniques et organisationnelles
    • Formuler des propositions concrètes pour améliorer les produits et identifier de nouveaux produits répondant aux évolutions des besoins utilisateurs
    • Identifier des compléments d’instruments spécifiques à embarquer sur des satellites
    • Définir un concept de “système de surveillance polaire de bout en bout”, allant des observations à la livraison des produits aux entités utilisatrices

    Les réunions ont donné lieu à une série de rapports thématiques et à des échanges constants entre les partenaires européens concernés. Les conclusions de ces travaux constituent la première évaluation collective et structurée des services Copernicus dans le domaine polaire.
    Résultats et constats des PEGs

    Les Polar Expert Groups ont permis de dresser un tableau objectif de la situation. Les services Copernicus existants, bien que performants sur le plan global, présentent des limites importantes lorsqu’ils sont appliqués aux environnements polaires.

    Les recommandations de PEG I et PEG II concernent essentiellement:

    • L’amélioration de la couverture géographique incomplète des regions polaires ainsi que celle des résolutions spatiale et temporelle des observations. Un ordre de priorité des observations a été établi avec les différents paramètres des glaces de mer en première priorité.
    • Les hautes latitudes restent des zones complexes à surveiller en raison des conditions météorologiques et de la rareté des observations in situ. Les services atmosphériques et marins existants ne permettent pas toujours de restituer une vue complète et fiable des processus polaires. Le développement d’instruments micro-ondes fournissant des données tous-temps et de jour comme de nuit est nécessaire avec en priorité le development et lancement des missions Copernicus Expansion (CIMR, CRISTA et ROSE-L) complétant les observations Sentinels
    • La fragmentation institutionnelle observée entre les différents services Copernicus (Marine, Atmosphère, Climat, Urgences, Sécurité) qui fonctionnent encore trop souvent en mode “vertical”, avec des bases de données et des priorités distinctes. Cette séparation limite la capacité à produire des analyses intégrées, pourtant essentielles dans les zones où les interactions entre océan, atmosphère et glace sont permanentes.
    • Une insuffisance de consultation avec les utilisateurs finaux. Les besoins des acteurs opérant réellement dans les régions polaires ne sont pas toujours suffisamment bien pris en compte dans la conception des produits. Il en résulte une certaine inadéquation entre l’offre de services et la demande opérationnelle.

    PEG III s’est particulièrement attaché à:-

    • Analyser, en collaboration avec l'ESA et EUMETSAT, les avantages et synergies des observations inter-capteurs entre les Sentinelles existantes (principalement les séries S-1 et S-3), les missions tierces contributrices concernées (par exemple, la mission canadienne de la Constellation Radarsat) et les trois missions Expansion micro-ondes (CIMR, CRISTAL et ROSE-L), qui ont fait l’objet de nombreuses simulations.
    • Revoir la situation critique des observations in situ (en particulier pour l’Arctique central) et encourager la cooperation internationale.
    • Définir un Système intégré de surveillance polaire de » bout en bout » y compris les aspects segment-sol et la nécessité d’améliorer les Télécommunications dans les régions polaires pour répondre aux exigences de rapidité de livraison des produits aux utilisateurs

    Création de la Polar Task Force (PTF)

    À la suite des conclusions des PEGs, la Commission européenne a décidé de créé une “Polar Task Force » en 2023 avec pour mission d’élaborer une feuille de route stratégique couvrant la période 2025–2035 et destinée à orienter l’évolution des services Copernicus dans les régions polaires.
    La Polar Task Force regroupe les principaux acteurs institutionnels du programme : la Commission européenne (DG DEFIS), l’ESA, EUMETSAT, ECMWF, Mercator Océan, ainsi que des représentants des États membres et des utilisateurs experts issus des PEGs. Sa mission consiste à transformer les constats établis par les PEG en un plan d’action concret, assorti d’un calendrier et d’objectifs mesurables.
    Il s’agit aussi de prendre en compte les résultats de l'enquête circulée à l'automne 2023 (17 Pays en Europe et Canada) auprès d’utilisateurs (agences gouvernementales opérationnelles, secteur académique et de recherche), du rapport PEG III, de réunions bilatérales, de conférences, de la documentation des services Copernicus et aussi des recommandations du projet KEPLER (Key Environmental monitoring for Polar Latitudes and European Readiness).

    Cette démarche de planification marque une évolution majeure : Copernicus ne se contente plus de fournir des données, il se dote désormais d’une vision stratégique à long terme adaptée aux réalités climatiques et géopolitiques des régions polaires.

    Feuille de route 2025–2035 pour les services polaires

    La feuille de route élaborée par la Polar Task Force fixe les grandes orientations pour la prochaine décennie. Elle s’articule autour de trois objectifs principaux : consolidation, innovation et intégration.

    La consolidation vise à renforcer la continuité des observations dans les régions polaires qui implique entre autres:

    • Le maintien et l’évolution de la constellation Sentinel, avec une attention particulière portée à la couverture des hautes latitudes et à la qualité des mesures optiques et radar.
    • La continuation des recherches scientifiques sur les processus et algorithmes physiques et biogéochimiques polaires, des techniques avancées d'assimilation de données et des modèles de prévision, la fusion des données multi-capteurs
    • La création de Hubs thématiques Copernicus pour faciliter l'accès des utilisateurs en particulier le Hub Arctique, dont il est recommandé de faire un Hub polaire.

    L’innovation se traduit par le développement de nouveaux services dérivés : cartographie dynamique de la banquise, suivi des écosystèmes polaires, observation de la cryosphère et modélisation du bilan énergétique global. Ces nouveaux produits doivent répondre aux besoins des politiques environnementales, mais aussi à ceux de la recherche et des acteurs économiques opérant dans ces zones. Le développement des initiatives de « science citoyenne » pour impliquer les populations locales dans les activités de surveillance polaire et les processus décisionnels (exemple du Canada) est aussi un élément important de la feuille de route.

    Enfin, l’intégration concerne la coordination des services Copernicus entre eux. La feuille de route recommande une gouvernance transversale dédiée aux régions polaires, afin d’éviter les redondances et de favoriser les synergies entre les services Marine, Atmosphère et Climat. Cette intégration est également pensée à l’échelle internationale : Copernicus est appelé à renforcer sa coopération avec les programmes d’observation américains et canadiens en particulier.

    Cas particulier de l’Antarctique

    La présentation adresse briévement le cas de l’Antarctique, dont la surveillance pose des défis spécifiques. Contrairement à l’Arctique, l’Antarctique est dépourvu de population permanente et est régi par le Traité sur l’Antarctique, qui limite les activités humaines à la recherche scientifique. Les besoins opérationnels y sont donc différents : il s’agit avant tout d’assurer le suivi environnemental et scientifique à long terme.

    Les PEGs ont mis en évidence que les services Copernicus actuels couvrent encore très insuffisamment le continent antarctique. Les conditions extrêmes et la rareté des stations d’observation in situ rendent la validation des données satellitaires difficile. Les modèles numériques doivent être adaptés à des dynamiques glaciaires particulières.

    La feuille de route 2025–2035 propose :

    • D’assurer la couverture géographique complète de l’Antarctique et de maximiser la fréquence des observations via des capteurs micro-ondes spécifiques avec une capacité d’observations tous temps et de jour comme de nuit
    • L’intégration systématique des données issues des bases scientifiques internationales
    • La création d’un pôle (Hub) de compétences européen dédié à la modélisation de la cryosphère antarctique.

    Conclusion

    Le programme Copernicus, à travers la mise en place des Polar Expert Groups (2017-2020) puis de la Polar Task Force (2023-2024), témoigne de la volonté européenne de structurer une politique cohérente d’observation des régions polaires. Les travaux menés ont permis d’établir un diagnostic précis et d’identifier les domaines prioritaires d’amélioration. La feuille de route 2025–2035 marque une nouvelle étape, celle de la planification stratégique sur le long terme avec la mise en place d’un “système intégré de bout-en bout de surveillance des regions polaires” combinant observations spatiales et in situ.

    Les enjeux sont considérables : mieux comprendre les dynamiques polaires, anticiper les conséquences du changement climatique, et garantir l’accès libre, gratuit et continu à des données fiables.

     

     
  • Exposé de Frédérique Rémy - session 216 du 4 septembre 2025

    Note importante :Suite à un incident technique, la vidéo démarre quelques minutes après le début de l'exposé. Pour revenir au début, il faut se référer aux trois premières diapos du support de présentation et au premier paragraphe du résumé ci-dessous. De plus la vidéo affiche des anomalies qui sont dues à des erreurs de formatage irrécupérables. Les diapos du support de présentation ne sont pas altérées.
     

     

    Support de présentation (pdf)

     

    L’exposé débute par quelques chiffres : La calotte polaire a une surface de 15 millions de km², un volume de 30 millions de km3, soit 75% de l’eau douce terrestre, 90% des glaces, environ 60 m d’élévation du niveau des océans. Chaque année, il tombe 2200 km3 de neige, l’équivalent de 6 mm du niveau des océans. Les températures moyennes vont de -15°C à -60°C, les vents catabatiques, des vents de gravité qui dévalent les pentes, sont forts, parfois quelques centaines de km/h. Les conditions logistiques sont particulièrement difficiles et les mesures in situ éparses, sur les raids ou autour des stations. D’où l’intérêt des techniques spatiales. Cependant certains paramètres restent toujours inaccessibles, du moins avec une bonne précision (diapo 2-3).

    L’exposé fait alors un rappel des premiers résultats obtenus avec le satellite Seasat, lancé en 1978 avec une inclinaison de 72° survolant le Nord de l’Antarctique. Son altimètre a permis la construction des premières cartes de topographie avec une précision inégalée à l‘époque. Il a aussi mis en évidence certaines erreurs inhérentes à l’altimétrie sur les calottes, en particulier l’erreur de pente, le point d’impact de l’altimètre n’étant pas au nadir, mais décalé vers la plus grande pente de la surface. Il a aussi mis en évidence l’erreur due à la pénétration de l’onde radar dans la neige. En effet, le long de traces répétitives, la hauteur mesurée était plus haute lorsque la rétrodiffusion était plus forte, ce qui ne pouvait pas être expliqué par un écho de surface unique. Son diffusiomètre a mesuré la direction moyenne des vents catabatiques, comme il mesurait celle des vents sur l’océan. La méthodologie a été reprise plus tard avec le satellite ERS-1 mais a donné de moins bons résultats car l’instrument fonctionnait à plus basse fréquence (bande C ou 5.2 GHz au lieu de la bande Ku ou 13.6 GHz) et donc pénétrait plus en profondeur dans la neige. Enfin, son radiomètre a montré que la différence de polarisation (V-H) était très corrélée avec la rétrodiffusion de l’altimètre offrant ainsi l’opportunité d’extraire des paramètres du manteau neigeux, comme la taille des grains de neige, estimation approximative des taux d’accumulation de neige (diapo 4.5).

    A partir de 1991, les satellites polaires embarquant un altimètre sont mis en orbite par l’agence spatiale européenne. ERS-1 en 1991, ERS-2 en 1995 et Envisat en 2002. Les topographies ainsi obtenues ont une résolution jamais obtenue sur près de 80% de la calotte. Elles permettent de mettre en évidence des phénomènes dynamiques, de contraindre les modèles d’écoulement de la glace, de mesurer les variations temporelles (diapo. 6). Ainsi, on aperçoit la présence d’ondulations sur l’ensemble de la calotte. Leur longueur d’onde est d’une vingtaine de km au centre et une dizaine de km à la côte ; leur amplitude croit de quelques m au centre et une dizaine de m au bord (diapo. 7). En supposant la calotte en état stationnaire, c’est-à-dire que les chutes de neige sont entièrement compensées par l’écoulement de la glace, on peut à partir d’un modèle simple estimer les vitesses d’écoulement. On comprend alors que 90% de la glace est évacuée par 15% de la côte, qu’un tiers de la masse s’écoule 4 fois plus vite. On visualise aussi certains glaciers émissaires dont la signature remonte à plusieurs centaines de km en amont (diapo. 8).

    Grace à la connaissance de la topographie, de la pente de la surface et des vitesses d’écoulement on peut calculer le temps de relaxation, c’est-à-dire le temps que met la calotte à revenir à l’équilibre après une perturbation. Il varie de 1000 ans à la côte à 100 000 ans au centre du continent. Or, la calotte peut être vue comme un réservoir dont les sorties sont régulières (écoulement de la glace régulier) et les entrées irrégulières (les chutes de neige plus ou moins importantes). Un modèle stochastique peut alors montrer que l’on a plus d’une chance sur 10 de mesurer une variation de volume équivalent à une élévation du niveau de la mer près de 1 mm/an uniquement à cause de la variabilité temporelle des chutes de neige (diapo. 9).

    On découvre aussi de nombreuses surfaces très plates qui traduisent la présence de nombreux lacs sous-glaciaires. En effet, la glace s’écoule par déformation sur une surface rugueuse et en pente, et par glissement sur une surface lisse et plate comme celle d’un lac. Entre les deux changements de régime, déformation/glissement, on aperçoit un creux dans la topographie avant le lac et une bosse après, causés par les contraintes longitudinales que l’on peut ainsi appréhender (diapo. 10).

    L’altimètre ne voit que la surface ou la très proche surface, l’onde radar pénétrant à quelques dizaines de cm. Plus la fréquence est basse plus l’onde pénètre, si bien qu’en bande P (entre 60 et 300 MHz) l’onde pénètre jusqu’au socle rocheux. Voir en profondeur apporte énormément d’information. Déjà pour le choix de l’emplacement d’un carottage. La datation des échantillons est faite à partir de modèle d’écoulement de la glace, il est donc important de choisir un lieu dont la surface est la plus plate possible et le socle rocheux le moins accidenté possible. C’est ainsi que l’emplacement du carottage de dôme C a été choisi (diapo. 11).

    Lors d’éruption volcanique, des poussières se déposent sur la surface de la calotte. Elles modifient les constantes diélectriques de la glace si bien que ces couches polluées sont mises en évidence par le radar bande P. En plus de la topographie du socle rocheux, elles constituent de magnifiques isochrones qui apportent énormément d’informations sur l’écoulement de la glace. Un profil effectué avec un radar bande P aéroporté entre dôme C et le lac de Vostok effectué par Ezio Tabacco de l’Université de Milan a permis de mesurer une épaisseur record de glace de 4800 m ; de constater qu’au-delà d’une certaine profondeur, ces isochrones disparaissaient à cause de la recristallisation de la glace qui a lieu lorsque la température est supérieure à -10°C. Les isochrones au-dessus du lac de Vostok qui devraient être plats comme la surface sont en pente suggérant des phénomènes de fonte/regel lors du passage de la glace sur le lac (diapo 12-13).

    En 2002, Pierre Bauer et moi-même avons proposé à l’ESA le projet Mimosa (Mapping of Ice and Monitoring Subsurface of Antarctica) d’un satellite embarquant un radar bande P dédié à l’observation des zones polaires. Ce projet n’a pas été retenu à l’époque. La mission Biomass, observation de la biosphère en bande P, vient de partir fin avril 2025.

    Un autre avantage de la bande P est que l’écho au niveau du socle rocheux indique clairement la présence d’eau. De nombreuses mesures in situ avec un radar tracté ou aéroporté ont eu lieu autour de dôme C laissant apparaître plusieurs zones humides sous la calotte. La comparaison de ces données avec la topographie de surface, sa pente, sa courbure et la topographie du socle rocheux révèle des structures allongées de plusieurs centaines de km suivant les lignes de plus grandes pentes du socle et reliant les zones très plates entre elles. Nous venions de découvrir d’immenses réseaux hydrologiques sous-glaciaires, reliant les lacs les uns aux autres. Ceci a de nombreuses conséquences sur la dynamique des glaces ainsi que sur l’estimation du bilan de masse de l’Antarctique (diapos de 15 à 18)

    Enfin, l’intérêt ultime de l’altimétrie sur les calottes est la mesure de ses variations de volume. Au contraire des autres groupes qui construisent la carte de variations de hauteur en calculant la différence aux points de croisement, nous préférons l’estimer le long de toutes les traces répétitives, ce qui fournit une résolution spatiale très nettement supérieure. Pour l’Antarctique de l’Est, les variations à l’intérieur du continent sont de l’ordre de ± 5 cm/an. Sur la côte, elles avoisinent par endroit quelques dizaines de cm/an. En revanche en Antarctique de l’Ouest, les pertes sont très marquées, dépassant largement le m/an (diapo 19).

    Avant de regarder plus en détail l’évolution de ces glaciers, penchons-nous sur des données qui paraissent anormales en Antarctique de l’Est. En regardant année par année l’évolution de la topographie de la Terre de Wilkes, nous voyons apparaître des points dépassant largement plusieurs σ et que l’on aurait dû éliminer. Mais au cours du temps, ces points s’alignent et on comprend qu’il s’agit d’un phénomène qui descend la pente de l’amont vers la côte (diapos 20 à 25). En regardant la hauteur de ces points, on voit en amont une baisse abrupte de 70 m puis une remontée lente, la même chose se produit en aval à une centaine de km et ainsi de suite. On comprend que l’on a vu une vidange de 5 km3 du lac Cook qui se propage vers la côte (diapos de 26 à 28). Ceci pose plusieurs questions. D’abord est-il raisonnable de retirer les valeurs à 3 ou 5 σ ? Les garder risquent de bruiter les résultats, les retirer de rater des phénomènes type vidange subite d’un lac. Aussi, quid de l’estimation du bilan de masse ? Nous n’avons pas accès au volume d’eau qui s’échappe de l’Antarctique par la base.

    Revenons sur les pertes de Antarctique de l’Est qui sont très marquées, dépassant largement le m/an. L’accélération pour les glaciers de Thwaites et de Pine Island dépasse plusieurs dizaines de cm/an² (diapos 29-30). L’évolution de ces glaciers, année par année, montre non seulement une forte accélération mais aussi un net élargissement de la zone de perte de masse (diapos de 32 à 39), fortement corrélé avec la vitesse d’écoulement de la glace (diapo 31).

    Altika est une mission altimétrique franco-indienne sur les traces des satellites polaires ERS1-2 et Envisat dont l’altimètre fonctionne en bande ka (37 GHz) au lieu de ku (13.6 GHz), c’est-à-dire à plus haute fréquence ce qui diminue la profondeur de pénétration de l’onde dans la neige ainsi que la résolution spatiale. Le Legos et en particulier l’équipe de glaciologie se sont largement investis sur ce satellite lancé en 2013. Le thème des glaces de mer a commencé à ce moment-là. Altika a permis de montrer que la zone d’élargissement des glaciers Thwaites et Pine Island continuait de croître et de s’élargir. Hélas, le satellite a eu assez vite des faiblesses sur le maintien d’orbite (ce qui est capital sur une zone en pente). Par ailleurs, l’ouverture d’antenne étant beaucoup plus petite en bande ka que ku, les échos étaient très déformés et souvent difficiles à traiter (diapos 40 et 41).

    Les erreurs inhérentes à l’altimétrie sur les calottes polaires sont assez nombreuses et le traitement doit être précis. L’erreur de pente et celle de pénétration sont bien connues et corrigées plus ou moins bien. Mais d’autres erreurs sont « perverses ». Par exemple, en regardant la différence de rétrodiffusion aux points de croisement, on voit apparaître des zones bien délimitées. Ce phénomène inattendu a été long à comprendre. Il vient de la polarisation de l’antenne ! Au sol, des dunes de neige sont allongées dans le sens du vent, et le signal plan envoyé par l’altimètre pénètre plus ou moins dans la neige en fonction de l’angle entre les dunes et la polarisation. Aussi, la date du maximum du signal saisonnier de la rétrodiffusion a une distribution fortement bimodale. Ceci provient du type d’écho. Là où l’écho de surface est dominant, le signal est maximum à la fin de l’été austral et inversement là où l’écho de volume est dominant, le maximum est à la fin de l’hiver. (diapo 42). N’oublions pas que toutes ces variations de rétrodiffusion entraînent des variations de la hauteur mesurée. Nous avons alors fait un test : calculer la variation de topographie globale en fonction de différents critères : rejet de point à 3 ou 5 σ, rayon de décorrélation de 15, 25 ou 35 km… Le résultat varie de – 10 à -100 km3/an !

    L’altimètre a une très bonne résolution spatiale mais ne fournit que les variations de volume, on ne peut pas séparer l’effet d’un changement causé par des variations de taux d’accumulation de celui causé par celles des vitesses d’écoulement. La gravimétrie spatiale, au contraire, fournit directement les pertes de masse mais a une résolution spatiale nettement moins bonne (diapo 44). L’utilisation des deux techniques permet de mieux contraindre et expliquer les différents signaux observés.

    Par exemple, les signes des variations de hauteur observées pendant ERS-2 (de 1995 à 2003) et celles observées pendant EnviSat (2002-2010) sur les régions côtières en Antarctique de l’Est sont opposés. Nous avons pu montrer avec notre collègue Anthony Memin de l’université de Nice que ceci était dû à l’onde circumpolaire Antarctique qui tourne autour du continent avec une période de 8 ans et module les chutes de neige (diapos 45-46).

    Pour finir, la série temporelle des satellites Grace (2002-2017) puis Grace-fo (depuis 2018) permet de mesurer le bilan de masse de l’Antarctique. La calotte a perdu 2500 Gt, soit 7 mm du niveau de la mer en 23 ans. Le Groenland, de volume 10 fois moindre, a perdu 6000 GT.

     
  • Sous l’égide de Copernicus : une task force mise sur pied pour les régions polaires

    La Commission européenne a décidé de créer une “Polar Task Force » en 2023 avec pour mission d’élaborer une feuille de route stratégique couvrant la période 2025–2035et destinée à orienter l’évolution des services Copernicus dans les régions polaires.

  • Commémorations
    Ce 4 décembre, plusieurs Argonautes manquaient à la réunion mensuelle du Club : ils participaient à deux évènements, l’un à Reading en Angleterre où l’on célébrait le 50ème anniversaire du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme

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