Ce livre est destiné à découvrir un aspect de la glaciologie « pratique » qui cherche à répondre à des questions d’urgence de la société civile. Cette partie de la science fait le pont entre le monde académique, dont le langage scientifique est très codé, très spécialisé, et le monde du quotidien dont les préoccupations relèvent avant tout ici de la sécurité des personnes.
![]() |
SOS glaciers - Comprendre et prévenir les menaces Christian Vincent 269 pages, Guérin Chamonix, éditions Paulsen, 2026 ISBN 978-2-35221-601-8 25 € |
Christian Vincent est glaciologue, ingénieur de recherche au CNRS, attaché à l’Institut des Géosciences de l’Environnement de Grenoble. Je le connais depuis longtemps et, si nous avons souvent conversé dans son laboratoire grenoblois, j’ai aussi eu la chance de le rencontrer à Chamonix ou à Katmandou ! Il avait déjà publié avec Bernard Francou en 2007 un ouvrage intitulé Les glaciers à l’épreuve du climat dans une coédition IRD / Belin, qui était plutôt destiné aux scientifiques. Ce nouveau livre présente un objectif bien différent. Publié dans la collection chamoniarde Guérin qui vise plutôt les passionnés de littérature de montagne et d’aventure, il fait un point quasi exhaustif sur les menaces et les risques que présentent aujourd’hui les glaciers du monde, à l’exception notable des régions polaires (on utilisera dans la suite l’expression glaciers continentaux, bien que les glaciers polaires soient aussi continentaux !).
Après un exposé succinct sur la formation et la dynamique glaciaire et ainsi que sur l’émergence de la discipline scientifique qui les accompagnent, Christian Vincent passe en revue la variété des situations susceptibles de conduire à des événements brutaux à travers des cas concrets vécus par l’auteur : poches d’eau libre contenues dans la glace, lacs qui se forment derrière une moraine frontale ou latéralement au contact avec la paroi rocheuse, lacs supra-glaciaires, avancées rapides du front dues à une instabilité du contact entre le glacier et son soubassement rocheux, chutes de séracs, glissements de terrains et avalanches combinées de roches et de glace, etc.
Si ces situations ne sont pas nouvelles, d’une part le réchauffement et d’autre part l’aménagement du territoire (urbanisation, activités touristiques et sportives, densification de l’occupation des vallées) conduisent à une augmentation de la vulnérabilité des milieux et de la fréquence des événements brutaux. Le milieu des Alpes européennes est probablement le mieux surveillé, mais ces menaces concernent toutes les régions glaciaires continentales de la planète.
Ce qui est particulièrement intéressant et original dans cet ouvrage est qu’un scientifique s’interroge avec l’équipe qui l’accompagne sur son rôle à toutes les étapes du phénomène en étant bien conscient qu’aucun outil n’existe aujourd’hui pour déceler systématiquement une menace glaciaire. Sur le très grand nombre de glaciers continentaux, seuls quelques uns font l’objet de relevés scientifiques fréquents et rigoureux et depuis relativement peu de temps ; en France le glacier de Sarenne à l’Alpe d’Huez qui bénéficie de la plus longue série d’observations depuis la fin des années 1940 a aujourd’hui quasiment disparu.
Christian Vincent décrit plusieurs situations dans lesquelles la fragilité potentielle d’un glacier est décelée à l’occasion d’une observation fortuite. Dans ce cas que faire ?
Le livre expose avec beaucoup d’honnêteté les interrogations du scientifique sur la marche à suivre et les relations qui s’établissent plus ou moins rapidement et facilement avec les services de l’État (préfectures, agences opérationnelles), avec les collectivités (mairies, stations), avec les médias, avec les habitants, avec les élus régionaux, etc. Il évoque l’étroite coopération et le dialogue ininterrompus avec les scientifiques suisses, italiens, autrichiens, ou allemands, ainsi que la coopération et les échanges avec les indiens ou les népalais, tous confrontés à des situations glaciaires similaires, mais à des opérateurs civils aux approches, aux réglementations et aux moyens spécifiques.
Le livre aborde aussi sans filtre le coût économique et ses limites pour le suivi à long terme de terrain avec les recherches scientifiques associées en lien avec celui de la mise en œuvre d’une stratégie de protection des personnes et des biens.
La conclusion de l’ouvrage est importante : elle évoque à la fois la satisfaction d’un scientifique et de son équipe de percevoir très concrètement son utilité et le service qu’il rend à la société, mais aussi la frustration d’une époque où le rôle de la science est décrié.

François Valla (Cemagref, aujourd’hui INRAE) effectue un carottage d’accumulation sur le glacier de Sarenne (Alpe d’Huez, Isère) le 17 octobre 1995 – Photo : P. Chevallier

