Le changement climatique est bien là, de plus en plus, les politiques de moins en moins
Un été sous la canicule en France, surtout dans la partie sud, des incendies de forêts, des orages avec grêle et pluie diluvienne, ou bien sécheresse durable : ces conséquences néfastes du changement climatique ont fait la une de l’actualité l’été passé, et les médias ne se sont pas privés, à juste titre, interviews de scientifiques à l’appui, de les attribuer au changement climatique. La barre des 1,5°C préconisée dans les accords de Paris pourrait bien être bel et bien franchie dès 2028. L’évidence du danger va-t-elle hâter la prise de décisions propres à freiner cette évolution ? Il semble au contraire que le monde politique ait d’autres préoccupations.
Aérosols réfléchissants, et suies
Certains aérosols sont censés refroidir le climat, le cas le plus connu étant celui des éruptions volcaniques majeures qui sont la cause de refroidissement global du climat pendant une ou quelques années, comme ce fut le cas après l’éruption du Pinatubo aux Philippines en 1991, ou, très grave, celle du Tambora en Indonésie en 1815. Les très fines poussières volcaniques émises par ces éruptions restent plusieurs années en suspension dans l’atmosphère, et réfléchissent vers l’espace une partie du rayonnement solaire que reçoit la Terre. Un autre exemple, avec un mécanisme inverse, est celui des aérosols soufrés émis par le transport maritime : depuis qu’est entrée en application une législation internationale interdisant l’usage des combustibles soufrés, la concentration de ces aérosols dans l’atmosphère a diminué et cela a entraîné une hausse du rayonnement solaire reçu à la surface de la Terre. C’est aussi ce qu’on constate en Asie du sud-est où l’une des conséquences des mesures de lutte contre la pollution de l’atmosphère a été un réchauffement accru du climat. Lutter contre la pollution ne contribue donc pas automatiquement à ralentir le réchauffement global. Pour une très large part, cette pollution en Asie du sud est est aussi due aux suies produites par la combustion du bois et ces suies, noires, qui absorbent le rayonnement solaire, ne résident pas longtemps dans l’atmosphère qui est rapidement lavée par les pluies. Une autre étude par modélisation conclut que les gigantesques incendies des forêts boréales, qui sont de plus en plus nombreux, ralentiraient le réchauffement climatique dans ces régions : en cause, le rôle de ces aérosols dans la formation des nuages. Un autre aspect n'est pas à négliger : ces incendies émettent aussi des suies, dont l’impact majeur, en noircissant la surface de la neige et des glaciers, est d’en accélérer la fonte.
En Antarctique, sous la glace, une situation complexe
Sur une mappemonde, l’Antarctique apparaît comme un disque, à peu près centré sur le pôle sud, et glacé puisque le rayonnement solaire ne lui parvient que très obliquement et seulement en été austral. Dans des conditions de rayonnement similaires, le pôle nord dans l’Océan Arctique est occupé par une banquise, et celle ci se réduit d’été en été à cause du réchauffement du climat, au point que maintenant, la navigation commerciale devient possible par le « passage du nord ouest » au nord du Canada. La calotte de glace de l’Antarctique, elle, ne semble pas se réduire malgré ce réchauffement. En effet, elle se situe entièrement à des latitudes où la température reste pratiquement toujours négative. Mais les glaciers qui la composent s’écoulent vers l’océan, et des chutes de neige y ont lieu : le bilan apports/pertes est l’un de ceux qui agissent sur le niveau des océans : à la fin de la dernière période glaciaire, la fonte de la calotte antarctique a fait monter le niveau des océans de 120 mètres, et si ce qu’il reste de cette calotte venait à fondre totalement, les océans monteraient encore de 60 mètres. Les pertes les plus importantes actuellement ont lieu surtout dans la partie ouest de l’Antarctique, la plus instable, où le glacier de Pine Island est le plus étudié. C’est au contact avec l’océan, qui se réchauffe, et surtout, qui s’élève, que la fonte est la plus rapide. En effet, dans cette partie de l’Antarctique, la calotte de glace qui repose sur un socle rocheux peu élevé se soulève à la faveur de la montée de l’océan, et l’eau de mer s’insinue plus avant sous la glace, accélérant sa fonte. Dans les autres régions de l’Antarctique, il ne se dégage pas de tendance nette à la perte ou au gain de glace. L’Antarctique est difficile d’accès, et les satellites sont les outils qui ont permis d’y acquérir des connaissances : altimètres, radars plus ou moins pénétrants, gravimètres. Il a été observé localement des chutes du niveau de la glace de 80 mètres en quelques années, qui ne sont pas dues à une perte de glace, mais plutôt à l’interaction avec les écoulements des lacs sous glaciaires : il y a en effet sous la calotte glaciaire de l’Antarctique des lacs d’eau douce maintenus à l’état liquide par le flux géothermique terrestre. Les bilans réalisés indiquent que l’Antarctique dans son ensemble perd très peu de masse : il serait responsable d’une hausse du niveau marin de 0,02 à 0,3 mm/an seulement, alors que la hausse totale est proche de 5 mm/an. La perte de glace qui se produit essentiellement dans l’ouest semble ainsi être compensée par les précipitations neigeuses dans la partie est, et celles ci pourraient augmenter avec le changement climatique, une atmosphère plus chaude pouvant contenir davantage de vapeur d’eau. En 2022, après l’éruption du volcan Hunga-Tonga qui a injecté une quantité considérable de vapeur d’eau dans la stratosphère, une partie de cette vapeur d’eau a été reprise par la circulation atmosphérique et a occasionné des chutes de neige exceptionnellement abondantes dans l’Antarctique est, ainsi que nous le décrivons dans un article du blog des Argonautes. Ainsi, au cours des trois dernières années, la calotte polaire de l’Antarctique ne s’est pas réduite, mais au contraire a gagné de la masse. Si une tendance plus forte à la hausse ou à la baisse de cette énorme masse s’affirmait, elle serait sans doute irréversible. Il est donc primordial de continuer à la surveiller étroitement.
La Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice : quelles avancées ?
Cette conférence est la troisième du genre. Elle vient en amont d’une conférence des Nations Unies au cours de laquelle doit être décidée la prise d’effet du « Traité sur la Haute Mer ». Elle a innové en ce qu’elle a été précédée d’un colloque scientifique, d’un colloque à caractère économique et financier, et d’un colloque sur les villes côtières face à la montée des eaux. Les principales avancées ont été dans le domaine de la biodiversité, avec le projet de définition d’un baromètre « Starfish » qui serait un indicateur de l’état de santé de l’océan un peu analogue à l’objectif +1,5 °C des accords de Paris. La volonté a été affirmée d’élaborer un grand programme (analogue à ce que furent WOCE ou TOGA pour le climat) pour structurer les recherches des organismes publics comme privés en matière de biodiversité, et de soutenir Mercator Océan qui est en cours d’être reconnu comme une organisation intergouvernementale. A l’issue des colloques, 10 recommandations ont été formulées qui concernent la protection des océans. Les connaissances scientifiques acquises et à acquérir ont été omniprésentes dans l’organisation de cette conférence, ce qui n’a pas permis d’éviter que certains chercheurs refusent de s’y rendre, à cause du décalage de plus en plus manifeste entre la communication et l’action des politiques. Les scientifiques seront ils appelés à gérer les évolutions futures ? Ou bien les intérêts politiques et financiers tiendront ils les rênes ? Avec optimisme, on peut se dire que pour le moment, l'important est que le mouvement soit lancé. Les Pays organisateurs, la France et le Costa Rica, ont produit un document de quelques pages : "les engagements de Nice", qui devrait être un guide pour la politique future des états pour la protection des océans. La prochaine conférence, L’UNOC 4 se tiendra en Corée du sud en 2028.
La nouvelle administration américaine piétine la science du climat
La liste des dégâts infligés par la nouvelle administration américaine aux agences et organismes qui s’intéressent au climat n’en finit pas de s’allonger. Comme s’il ne suffisait pas de limoger à tours de bras au sein de ces organismes, cette administration a nommé un groupe de scientifiques – connus, mais pas pour leurs travaux en matière de climat – chargé de rédiger un rapport dont l’objectif est de minimiser le rôle de l’activité humaine dans le changement climatique, dans le but d’annuler une décision datant de 2009 pour la régulation des émissions de gaz à effet de serre. Plusieurs chercheurs dont les travaux font autorité ont constaté que leurs résultats avaient été volontairement mal interprétés dans ce rapport. Il est très décevant que des scientifiques de bonne réputation comme l’étaient les auteurs de ce rapport aient rédigé un tel texte en collaborant à cette manipulation politique. Des responsables de l’administration Trump ont récemment demandé à la NASA de mettre fin à deux missions de satellites, OCO-1 et OCO-2, des satellites américains pour la mesure du gaz carbonique dans l’atmosphère, qui sont en fin de vie (mais beaucoup de satellites vont très au-delà de leur durée de vie), et dont l’un est porté par la station spatiale internationale. Un risque est que cet arrêt concerne aussi les crédits pour l’acquisition, le traitement et l’exploitation des données, bien que ces satellites représentent des coûts très modestes, mais la volonté est de « casser le thermomètre ».
Les publications dans des revues à comité de lecture, clef de voûte de l’édifice scientifique : gare aux fissures !
Par vocation, les chercheurs doivent publier des articles qui ajoutent aux connaissances. Toutefois, leur évaluation par leur administration, et par conséquent leur carrière, est aujourd'hui bien souvent dépendante du nombre de ces publications. Ce besoin conduit à une multiplication de revues peu regardantes, dans lesquelles publier facilement un article permet d’étoffer son CV, et aussi d’être cité par des pairs. S’y ajoute une facilité nouvelle : le recours à l’intelligence artificielle pour rédiger au moins une partie des articles : comment imaginer que ce monde aux marges de la science ne produise pas des erreurs, qui bénéficieront pourtant du label « publication scientifique ». Ce sont des brèches où pourraient s’engouffrer les climatosceptiques, comme ils l’ont fait en s’emparant d’une erreur sur le risque de disparition des glaciers de l’Himalaya qui s’était glissée dans un rapport du GIEC de plusieurs milliers de pages. Pour éviter ce risque, des outils existent qui recensent les publications et leurs citations, et attribuent une « note » aux chercheurs : ces outils doivent faire le tri entre les « bonnes » revues, et les autres, mauvaises, fausses, inutiles… De plus en plus de revues scientifiques demandent que pour les articles qui ont plusieurs auteurs (en fait, la plupart des articles) le rôle de chacun d’eux soit précisé, ce qui évite un travers fréquent : mettre en coauteur, pour des raisons de hiérarchie ou de favoritisme, des collègues qui n’ont pas contribué au travail. Une autre dérive, néfaste il nous semble, s’est installée dans le monde des revues scientifiques : certaines bonnes revues exigent des chercheurs qu’ils paient, très cher, pour publier dans leurs pages.
Inaction, ou mauvaise action climatique, et recours en justice
On se souvient de « l’affaire du siècle » en 2021 où le tribunal administratif de Paris avait condamné l’état pour carences fautives dans la lutte contre le changement climatique. D’autres procès analogues se produiront sans doute, surtout si les reculs dans cette lutte continuent à se multiplier comme c’est le cas actuellement. La Cour Internationale de Justice a rendu un avis consultatif qui a dépassé les attentes des étudiants de l'archipel du Vanuatu, en déclarant que les états qui violent leurs obligations climatiques commettent un acte "illicite" et pourraient se voir réclamer des réparations par les pays les plus affectés. De jeunes américains ont attaqué en justice l’administration Trump pour ses encouragements à revenir aux charbon et au pétrole. En France, plusieurs conflits entre décideurs et défenseurs de l’environnement sont portés en justice. Ces conflits mettent souvent en lumière des divergences entre les différentes administrations, et même entre les tribunaux administratifs du département et de la région. C’est en invoquant la charte de l’environnement et le principe de précaution (et aussi sous la pression d’une pétition) que le Conseil Constitutionnel a censuré une disposition de la loi Duplomb autorisant le recours à un insecticide, au grand dam de beaucoup d’agriculteurs qui craignent d’y perdre leur compétitivité. La plupart des autres pays d’Europe disposent de telles chartes et continuent tous cependant d’autoriser les insecticides. Ces questions sont nouvelles et la justice doit s’y former.
Transport maritime : des efforts pour polluer moins
Les navires de commerce brûlent des carburants qui contiennent maintenant moins ou pas du tout de soufre, mais on ne peut pas dire que les fumées qu’ils génèrent soient devenues vraiment propres. Pour éviter de polluer l’atmosphère, on a mis au point des « scrubbers », des dispositifs qui débarrassent les fumées des éléments polluants qu’elles contiennent en les lavant à l’eau de mer. Les fumées ainsi rendues propres sont rejetées sans inconvénient dans l’atmosphère. Mais qu’en est il de l’eau de mer qui a retenu les éléments polluants ? Elle est devenue sale, et finit en boues chaudes, qui sont rejetées dans l’eau de mer. Et ces boues sont concentrées en métaux lourds et polluants chimiques variés, que la faune et la flore marines n’apprécient certainement pas : 75 millions de tonnes de ces boues hautement toxiques seraient rejetées chaque année au large des côtes méditerranéennes françaises.
Autre « amélioration » : le méthane est transporté refroidi et à l’état liquide par des navires spécialisés, et pour maintenir cet état, on le laisse bouillir, l’évaporation qui en résulte le maintenant à basse température. Que faire de ce méthane qui s’évapore ? Le laisser gagner l’atmosphère, où le récupérer pour le faire brûler dans les cylindres du moteur du navire ? La deuxième solution est évidemment la meilleure et est naturellement mise en œuvre dans le transport maritime de gaz, et c’est très bien ainsi. Faut il pour autant réclamer des crédits carbone prévus pour l’utilisation de carburants alternatifs ? Cela paraît abusif. C’est pourtant ce que demande la plus importante compagnie américaine de transport maritime de gaz avec effet rétroactif pour les six dernières années,
Les variations des stockages d’eau sur les continents font bouger la Terre
Toute l'eau évaporée à la surface de la terre retombe en précipitation sur la surface. Lacs, glaciers et nappes phréatiques participent à ce cycle, au cours duquel la quantité d'eau précipitée sur les continents est plus grande que la quantité d'eau évaporée. Ce surplus d'eau sur les continents revient aux océans par les fleuves. Les hommes, qui en ont besoin, la canalisent, la stockent derrière des barrages : les changements dans ces étapes sont aussi des changements de la répartition des masses à la surface de la Terre et affectent le niveau marin, et la rotation de la Terre. Ainsi, depuis 1835, il a été construit environ 7000 barrages, grands et petits, majoritairement entre 5 et 30°N, et le changement de la répartition de masses qui en résulte a contribué aux modifications de l’axe de rotation de la Terre, en expliquant un déplacement des pôles d’environ 1 m. Toutes ces retenues d’eau, en raison pour certaines de leur volume important (19,4 km³ pour le barrage Hoover aux Etats Unis ; 45,3 km³pour le barrage des Trois Gorges en Chine ; 79 km³ pour le barrage de la Renaissance en Ethiopie) sont à compter à la baisse pour le niveau marin : la baisse qui leur est imputée est de -21 mm, et dans les années 70, elle a causé un plateau dans la hausse du niveau marin. Le pompage de l’eau dans les nappes profondes tend à épuiser celles ci et son effet sur le niveau marin est opposé : +20 mm entre 2004 et 2024.
Un été faste pour les satellites d’observation de la Terre
Plusieurs lancements ont été réussis, avec celui du satellite BIOMASS en avril, et ceux, européens, du premier satellite de la troisième génération de Météosat début juillet, et le 13 aout du premier satellite de la deuxième génération de METOP, Metop-SG-A1, qui emporte une instrumentation impressionnante et promet un gros progrès pour la météorologie.
