Un épisode El Niño est annoncé : sera-t-il celui de tous les records ?
Si la température moyenne à la surface de la Terre n’était due qu’au contenu en gaz carbonique de l’atmosphère,
elle battrait chaque année le record de l’année précédente à cause de nos émissions. Du fait des multiples processus qui font varier le climat, la croissance de la température présente cependant un aspect irrégulier, alternant des hausses et des baisses. Parmi ces processus, le phénomène El Niño est remarquable : les années des records de température sont précisément celles où ce phénomène a lieu. Rien d’étonnant à cela : dans l’est de l’Océan Pacifique, les vents alizés écartent, vers le nord dans l’hémisphère nord et vers le sud dans l’hémisphère sud, les eaux tropicales chaudes, ouvrant ainsi près de l’équateur une fenêtre d’environ 10 million de km² , soit 2 % de la superficie terrestre, sur les eaux profondes plus froides. En période El Niño, les Alizés ralentissent et cette fenêtre se referme. La température de cette vaste zone s’accroît alors de 1 à 2, voire 3 °C, et ce changement modifie suffisamment la température moyenne de la surface de la Terre pour lui faire battre les records des années précédentes, comme ce fut le cas en 2010, 2016 et 2024. Un épisode El Niño est attendu à partir de cet été, et très probablement, 2026 ou 2027 sera une année record. Mais si ce phénomène a de fortes conséquences dans l’Océan Pacifique, il a beaucoup moins d’effet en Europe. Plusieurs médias annoncent ce futur El Niño comme porteur de catastrophes, canicules en particulier. D’autres comme pouvant être le plus fort des épisodes El Niño de l’histoire récente : début juin, il est encore bien trop tôt pour le prévoir, et si nous devons subir des épisodes caniculaires cet été, ce sera à cause de nos émissions de gaz à effet de serre et du réchauffement global qu’elles entraînent, et non pas à cause d’El Niño.
Le pire scénario climatique, fondé sur le recours sans limites aux énergies fossiles, est abandonné
Le prochain examen de l’évolution du climat par le GIEC est prévu pour 2027, et s’appuiera sur les connaissances scientifiques publiées, dont une grande partie résulte de travaux de modélisation, notamment ceux réalisés dans le cadre du CMIP (Coupled Model Intercomparison Project), dont la mission est définie par l’Organisation Météorologique Mondiale. Les modélisations du CMIP prennent comme hypothèses les scénarios d’émissions de gaz à effet de serre qui sont choisis après accord entre les scientifiques, les décideurs et les parties prenantes, en se basant sur les évolutions socio-économiques possibles. La logique de la définition de ces scénarios a été très bien présentée récemment lors d’un séminaire TRACCS (TRAnsforming Climate modelling for Climate Services). Pour le sixième rapport du GIEC publié en 2023, l’un de ces scenarios, le SSP 5 (Shared Socio-economic Pathways), désigné comme « business as usual » supposait une forte croissance soutenue par les hydrocarbures fossiles, ce qui conduisait à un réchauffement d’environ + 5 °C en 2100. Il ne sera pas repris pour les travaux du CMIP en vue de la préparation du septième rapport.. Les climatosceptiques, et à leur tête le Président des Etats Unis, se sont empressés de commenter cet abandon qu’ils ont assimilé à l’aveu par les climatologues d’un excès de pessimisme : ceux ci auraient sciemment utilisé ce scénario pour appuyer leur vision catastrophiste de l’évolution du climat. La vérité est tout autre : ce scénario était « possible » (ne pas confondre avec « probable ») lorsqu’il a été proposé il y a une dizaine d’années, mais ce n’est plus le cas maintenant, pour deux raisons : d’une part les réserves d’hydrocarbures disponibles que l’on connaît ne permettent pas la forte croissance proposée par le SSP 5, et d’autre part, le développement rapide des énergies renouvelables dans la plupart des pays rend très improbable un retour vers les énergies fossiles. N’y voir qu’une bonne nouvelle serait toutefois un excès d’optimisme : le scénario qui pouvait conduire à une hausse de la température moyenne du globe inférieure à + 1,5 °C est lui aussi caduque, car cette limite est déjà tout près d’être franchie. Le CMIP prévoit en outre de réaliser des simulations allant jusqu’en 2500 afin d’étudier les impacts à long terme et l’irréversibilité, et d’inclure les processus à grande échelle de temps.
Le changement climatique et les décisions d’aménagement du territoire
Face au changement climatique et à ses conséquences locales, en termes de réchauffement, de hausse du niveau marin ou de dimensionnement des ouvrages hydrauliques, les responsables locaux doivent prendre des mesures qui permettront de faire face aux risques futurs. Les aménagements nécessaires sont coûteux et doivent donc durer. Faut il par exemple prévoir pour les aménagements portuaires une montée du niveau des océans de seulement 60 cm ou davantage, en prenant en compte les rétroactions lentes et les enseignements de la paléoclimatologie, qui nous disent que ce niveau pourrait s’accroître de 2 à 6 mètres pour une hausse de + 2 °C ? On sait que la hausse de la température moyenne ne se répartit pas uniformément à la surface du globe, mais est beaucoup plus rapide en Europe. Savoir comment évolueront les extrêmes météorologiques dans cinquante ou cent ans est essentiel pour cela. Or, les connaissances scientifiques fournissent des valeurs moyennes, de température, de niveau des océans, ou de précipitations, en fonction des émissions futures de gaz à effet de serre, mais l’incertitude reste forte pour ce qui concerne la très difficile prévision des extrêmes. Il y a en outre un problème qui n’est pas scientifique : le temps des élections est bien plus court que celui du changement climatique, et dans les débats électoraux actuels, on ne peut pas dire que les enjeux climatiques soient bien présents.
En milieu karstique, les échanges entre la mer et les nappes phréatiques se font par un système de siphon
Entre l’eau douce des nappes phréatiques et l’eau de mer s’établit une frontière qui, habituellement, en milieu poreux, se déplace selon les changements de pression. Si, par exemple, des pluies abondantes rechargent une nappe phréatique, cette frontière se déplace vers la mer. Au contraire, après une sécheresse prolongée, ou du fait de la montée des océans, c’est l’eau salée qui pénètre plus avant dans les terres. En milieu karstique, les échanges entre la mer et la nappe phréatique se comportent différemment : ils se font par des galeries souterraines qui peuvent se comporter comme des siphons, l’écoulement s’établissant dans le sens défini par la différence de pression entre les deux extrémités. Ainsi, dans l’étang de Thau, la source sous-lacustre de la Vise est connue depuis longtemps comme une source d'eau douce dans ce milieu saumâtre. Mais, comme cela s’était déjà produit brièvement à huit reprises lors des 50 dernières années, suite à une longue sécheresse, cette source s’est inversée pendant deux ans, de 2020 à 2022. Il a fallu un épisode de pluies abondantes (120 mm en trois jours en mars 2022), qui a provoqué une hausse brutale du niveau de la nappe de 3,98 m dans sa zone de recharge, pour purger la surcharge d’eau salée dense qui occupait le conduit, et réamorcer la source d’eau douce dans l’étang de Thau. L’évolution du climat influence ces mécanismes : les épisodes de pluie deviennent de plus en plus intenses, associés aux rivières atmosphériques, mais comme le niveau des océans s’élève inéluctablement, on se dirige sans doute vers une dominance de l’écoulement depuis l’étang de Thau vers la nappe phréatique.
Développement du photovoltaïque et changement climatique : quelques points à surveiller
L’énergie photovoltaïque connaît un très fort développement et fournit déjà environ 6 % de l’énergie utilisée dans le monde. Très compétitive par rapport aux autres sources d’énergie, elle est appelée à s’étendre un peu partout. Elle pose toutefois des problèmes de stockage à cause de son intermittence, est parfois soumise à des périodes peu ensoleillées, et son rendement décroît lorsque la température augmente. Son potentiel peut donc être affecté par le changement climatique. Un article récent, basé sur les conditions générées par un modèle climatique selon trois scenarios d’émission de gaz à effet de serre (SSP1-2.6, SSP2-4.5 et SSP5-8.5), étudie l’évolution de ce rendement dans l’état actuel des sites équipés dans le monde. Les résultats montrent que dans le scenario SSP5 qui a les émissions les plus élevées (note : ce scénario sera abandonné par le CMIP), la diminution du rendement des panneaux photovoltaïques due à la hausse de la température dépasse le gain qui pourrait résulter d’un accroissement de l’ensoleillement, particulièrement en Amérique du Nord. Dans ce même scénario, le contraste entre des périodes peu ou très ensoleillées s’accroîtrait en Europe centrale et en Asie, entraînant là aussi une diminution du potentiel photovoltaïque.
Il faut toutefois interpréter ces résultats avec prudence : il y a actuellement beaucoup de désinformation, et 60 à 70 % des fake news visent les énergies renouvelables. Ces désinformations seraient émises depuis la Russie, et aussi depuis les Etats Unis par ceux qui souhaitent protéger leur marché d’énergie fossile.
L’inflation dangereuse du nombre de publications scientifiques
Le système des publications scientifiques avec comité de lecture grossit dangereusement. La recherche scientifique est censée reposer sur un processus collectif de découverte pour produire des connaissances utiles à la société. Mais ce n’est plus ce qui est attendu des revues scientifiques : de plus en plus, les articles soumis à leurs comités d’édition ne sont pas rédigés pour apporter des connaissances scientifiques nouvelles, mais pour étoffer des dossiers, et surtout des dossiers de candidatures, souvent accompagnés de pressions plus ou moins discrètes sur les éditeurs scientifiques de ces revues. Cette inflation du nombre de manuscrits soumis engorge les capacités d’évaluation des reviewers. En cause, le règne du principe « publier ou périr », qui oblige les jeunes chercheurs en quête d’une position stable à publier des articles, même s’ils n’ont pas de résultats nouveaux. Une solution paraît nécessaire : elle consisterait à ne plus exiger dans soutenances de thèse ou les candidatures à des postes de recherche que les postulants aient déjà publié un ou deux articles dans des revues de rang A. Certaines écoles doctorales n’ont pas cette exigence et ne s’en portent pas plus mal. On ne peut aussi que déplorer la multiplication de revues qui publient à peu près n’importe quoi. Et que dire du coût demandé pour publier dans les meilleures revues, tellement exorbitant que seuls les labos les plus riches peuvent payer ? Il faudrait favoriser les très bonnes revues à accès libre, comme par exemple celles mises en place par l’institut européen Copernicus, qui prend admirablement la relève des instituts des Etats Unis, malmenés par la nouvelle administration américaine.,
