Commémorations
Ce 4 décembre, plusieurs Argonautes manquaient à la réunion mensuelle du Club : ils participaient à deux évènements, l’un à Reading en Angleterre où l’on célébrait le 50ème anniversaire du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme
La surveillance en continu du niveau des océans par satellite a constitué une véritable révolution pour l’océanographie. Une difficulté majeure a été de concilier des variations de l’ordre du mètre dues aux marées avec le besoin d’une précision de l’ordre du centimètre. Cela a été rendu possible grâce au modèle de marées développé par Christian Le Provost. Un hommage lui est rendu chaque année, organisé par l’association « Christian Le Provost Océanographe » qui a été créé en 2007, sous l’impulsion entre autres du Club des Argonautes, Tous les deux ans, un prix, géré par l’Académie des Sciences, est décerné en son nom à un jeune océanographe particulièrement méritant. Cette année, ce prix a été attribué à Casimir de Lavergne, chercheur au LOCEAN, pour ses travaux sur la circulation en profondeur dans les océans et au rôle qu’elle joue dans le climat. Les manifestations annuelles de l’association CLP à Saint Brieuc et à Plérin bénéficiaient d’un soutien financier régional mais ce dernier risque de se tarir à cause de restrictions budgétaires.
Plus anecdotique, et moins ancienne est la dispersion en mer de quelques milliers de paires de chaussures Nike à la suite de la perte d’un conteneur lors d’une tempête, relatée par Michel Lefebvre, formidable promoteur de l’océanographie spatiale et l’un des membres fondateurs du Club des Argonautes. Il mentionne le rôle qu’ont joué ces chaussures comme traceurs de courant dans l’un des premiers articles publiés sur notre site internet en 2004. Cet article a longtemps été le plus consulté par les internautes qui nous ont rendu visite.
Ce sont de bons souvenirs.
La préservation du climat et le principe pollueur payeur
Avant la révolution industrielle, la puissance mécanique reposait sur la force animale, et les muscles humains en faisaient partie, de gré, ou, hélas dans le cas de l’esclavage, par contrainte. A cela se sont de plus en plus opposés des principes moraux qui ont finit par aboutir à l’abolition de l’esclavage. Les propriétaires d’esclaves ont alors perdu leurs revenus. Mais, fi des principes moraux, ils étaient influents, et ont obtenu d’être financièrement dédommagés, alors que les esclaves n’ont gagné que leur liberté. Ainsi, après que Haïti soit devenue une république indépendante et ait aboli l’esclavage, elle a du s’acquitter jusqu’en 1947 d’une dette pour compenser la perte financière des anciens colons. De façon comparable, après l’attentat de Christchurch, le gouvernement de Nouvelle Zélande a interdit les armes semi-automatiques et les fusils d'assaut, mais a du pour cela « racheter » ces armes à leurs propriétaires. Ces histoires peuvent elle servir de guide pour la transition écologique à l’issue de laquelle, du moins il le faudrait, les énergies basées sur le carbone fossile devront être abandonnées ? Les compagnies pétrolières contraintes de renoncer aux profits de leur activité, c’est à dire de leur nuisance, devraient alors être dédommagées ! Cette question vient d’être soulevée dans un article de The Conversation, et il serait probablement naïf de penser que la morale et rien que la morale dictera la marche à suivre. Il y faudra sans doute des controverses et des compromis, mais de mauvaises solutions valent mieux que pas de solutions.
La géoingénierie solaire : doublement inquiétante
La Terre reçoit davantage d’énergie qu’elle en émet, et son climat se réchauffe : un remède proposé avec de plus en plus d’insistance consisterait à faire en sorte qu’elle reçoive moins et émette davantage, et cette solution est d’autant plus tentante que sa mise en œuvre ne serait pas financièrement hors de portée. Elle consiste à injecter dans la stratosphère de fines particules réfléchissantes qui, comme le font les aérosols dans le système climatique naturel, renverraient une partie du rayonnement solaire vers l’espace de façon à rétablir un nouvel équilibre radiatif du globe. Il y a là un marché qui promet d’être lucratif et ne manque pas de tenter des industriels. Un premier danger est que cette solution, qu’on ne maîtrise pas encore, risque de donner l’illusion que le danger du réchauffement climatique est sous contrôle, et que nous pourrions donc impunément continuer à brûler des hydrocarbures et émettre du gaz carbonique. Le second est qu’une fois cette solution mise en œuvre, nous n’aurions plus le droit de l’interrompre, car alors avec une atmosphère que nous aurions laissée se concentrer en gaz à effet de serre, le réchauffement climatique reprendrait de plus belle. Des chercheurs s’y intéressent pour mieux comprendre les mécanismes, avantages et inconvénients au cas où des essais en vraie grandeur seraient entrepris, mais dans leur grande majorité, les scientifiques sont opposés à la géoingénierie solaire.
En Iran, le manque d’eau devient intenable
La sécheresse sévit depuis six ans en Iran, qui, si l’on en croit les données hydrologiques existantes, connaît son automne le plus sec depuis cinquante ans. Cette sécheresse est aggravée par l’état des infrastructures, dimensionnées et réalisées dans les années 1980 pour une population de 40 millions d’habitants alors qu’elle atteint maintenant 90 millions, et en très mauvais état avec beaucoup de pertes. La majeure partie de l’eau disponible est absorbée par l’agriculture, notamment pour le coton, très gourmand. La situation est telle qu’une évacuation de Téhéran fait partie des solutions envisagées.
Un réflexe de survie des glaciers de montagne
Une des conséquences inévitables du réchauffement climatique est la fonte des glaces et le recul des glaciers de montagne. Ces derniers toutefois montrent des signes de résistance : l’examen des données de température de 62 glaciers de montagne montre que la température à l’aval de ces glaciers a légèrement diminué, alors que la tendance générale est à la hausse. Le mécanisme de cette situation qui paraît paradoxale a été élucidé : en montagne comme ailleurs, la température de l’air augmente, tandis que celle de l’air dans la partie haute du glacier près de sa surface reste proche de celle de la glace, de telle sorte que l’écart entre la température de l’air au dessus du glacier et celle environnante s’accroît. Cet écart donne lieu à des instabilités qui se résolvent par des vents froids, dits vents catabatiques qui descendent la vallée glaciaire. Son augmentation entraîne une hausse de la fréquence et de l’intensité de ces épisodes de vents catabatiques, qui refroidissent la partie basse du glacier et ralentissent ainsi sa fonte. Cet effet ne pourra pourtant pas durer éternellement : la surface des glaciers diminuant, les conditions de formation de vents catabatiques ne seront plus réunies et le recul des glaciers reprendra bientôt son cours normal.
Les sudden stratospheric warmings, à surveiller
Le vortex polaire stratosphérique qui s’établit en hiver autour de chaque pôle terrestre joue un rôle important pour le climat des régions voisines. Il se décale parfois vers des latitudes plus basses et est perturbé par des « sudden stratospheric warmings » (SSW), épisodes d’une durée de quelques jours au cours desquels un mélange entre la troposphère et la stratosphère se traduit par un réchauffement intense de cette dernière au voisinage du pôle et par des effets qui se font sentir jusqu’aux latitudes subtropicales. Rares dans les années 1990 (on parle de « hiatus » pour désigner cette période) et moins fréquents dans l’Antarctique que dans l’Arctique, ces SSW semblent actuellement se produire plus souvent. Un tel épisode, très marqué, s’est produit au cours de l’hiver austral passé et pourrait causer un été très chaud en Australie, tandis que dans l’hémisphère nord, l’évolution du jet polaire en novembre dernier laissait présager un SSW. C’est un sujet dont nous serons certainement amenés à discuter souvent au cours de nos prochaines rencontres.
Bonnes nouvelles pour le spatial et l’environnement
L’apport des satellites à l’étude de l’environnement est jalonné de succès. Le satellite SWOT (Surface Water and Ocean Topography) qui a déjà fait la preuve de son efficacité en hydrologie ainsi que pour l’observation des courants marins à grande échelle, vient de montrer son utilité pour l’étude à échelle fine des courants dans des zones où ceux ci sont très dynamiques comme l’estuaire de l’Amazone et le Courant des Aiguilles.
Le budget de l’European Space Agency (ESA) adopté pour la période 2026-2028 s’élève à 22 milliards d’Euros, en augmentation par rapport aux trois années précédentes. La France y reste le second contributeur, après l’Allemagne, et à égalité avec l’Italie. A noter la très forte augmentation de la contribution du Canada. Le rôle de Ariane 6 et de la station de tir de Kourou est conforté. Rappelons la règle en usage à l’ESA : les contributions des états viennent en soutien des industriels de ces mêmes états.
