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Propos d’Argonautes ​ en avril 2026

(Temps de lecture: 6 - 11 minutes)

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Retrouvailles au Bureau des Longitudes
Le Club des Argonautes s’est réuni ce 2 avril au Bureau des Longitudes pour y tenir son assemblée générale annuelle.

Hébergé par l’Institut de France, le Bureau des Longitudes a été créé en 1795 afin de doter la France de connaissances sur les marées et de la maîtrise de l’estimation de la longitude pour la navigation. Sa salle de réunions a été notre « port d’attache » de 2003, année de création du Club des Argonautes, à 2014, lorsque des travaux y ont été entrepris afin d’étendre l’Institut dans une partie des locaux autrefois occupés par la Monnaie de Paris. S’en est suivi une période d’errance, au cours de laquelle, pour nos réunions mensuelles nous étions accueillis, au gré des opportunités, par des laboratoires que nous connaissions bien, ou chez l’un ou l’autre des Argonautes. La généralisation des vidéoconférences via internet a mis fin à cette quête parfois incertaine, chaque mois, d’un espace où nous réunir. Comme l’an dernier, être accueillis dans la salle de réunion, chargée d’histoire, du Bureau des Longitudes (dont plusieurs Argonautes sont membres), nous rappelle agréablement les moments chaleureux que nous y avons passés depuis la création du Club.

 

Les essais sur l’énergie thermique des mers de Georges Claude filmés par lui même.
Georges Claude (1870-1960) a consacré énormément d’efforts entre les deux guerres mondiales pour promouvoir l’utilisation de l’énergie thermique des mers et en démontrer la faisabilité. Il y a aussi dépensé beaucoup d’argent, mais fondateur de la société « L’Air Liquide », il n’en manquait pas. Rappelons le principe de l’énergie thermique des mers : si on dispose d’une source chaude et d’une source froide, on peut y faire respectivement évaporer puis condenser un gaz, de façon à produire un flux ; ce flux, ou vent, anime une turbine, qui génère de l’électricité. Dans son laboratoire, avec un ballon rempli de glaçons, et un autre chauffé par un bec de gaz, les deux reliés par un tube portant une hélice en son centre, Georges Claude en fait la démonstration devant ce qu’on imagine être un auditoire attentif, et courbé sous l’autorité du maître. L’expérience réussit : l’hélice anime une petite dynamo, et produit suffisamment d’électricité pour faire briller une ampoule.
Du laboratoire à l’océan, il y a un grand pas à franchir. Georges Claude s’y est employé à Abidjan (alors colonie française, puis à Cuba, et enfin au Brésil, pays où on trouve près du rivage de l’eau à environ 10 °C vers 500 m de profondeur, tandis qu’en surface, l’eau est à près de 30 °C. Pour cette différence de température entre la source froide et la source chaude de 20 °C seulement, il faut mettre en jeu des volumes d’eau sans commune mesure avec les ballons de verre du laboratoire : Georges Claude a dépensé des fortunes, fait travailler des centaines d’ouvriers, pour réaliser de longues conduites rigides de plus de 2 m de diamètre, aménager des rails pour les déplacer, puis pour les mettre en place dans l’océan. Et au bout du compte, avant même d’avoir terminé l’installation, à chaque essai, la houle, les courants, et les contraintes mécaniques ont tout détruit. Il n’en reste pas moins que l’énergie thermique des mers représente un potentiel inexploité qui suffirait théoriquement à satisfaire la totalité des besoin de l’humanité, à condition de pouvoir la dompter. En visionnant ce film, on ressent une démesure entre nos moyens humains et les forces de l’océan qu’il faut dominer ; pourtant, ces essais de Georges Claude ne visaient qu’une production d’énergie plutôt modeste, alors qu’un objectif moderne serait d’alimenter en électricité une ville d’une centaine de milliers d’habitants, avec par conséquent, des tuyaux bien plus large, ou plus nombreux ! Dans les années 1990, plusieurs pays, dont la France, les USA, le Japon, s’y sont de nouveau intéressés, sans succès notable. Les Argonautes, parmi lesquels Michel Gauthier, spécialiste de ces questions, ont conservé une documentation sur cette période. Il en a aussi résulté, et c’est un succès, la création dans des îles tropicales d’installations de climatisation par des circuits d’eau froide puisée en profondeur dans l’océan, en quoi la société AIRARO, dirigée par des correspondants des Argonautes, est le leader mondial.

Géoingéniérie solaire : l’étudier pour mieux la combattre ?
De nouveaux projets, ayant pour objectif de diminuer l’impact des activités humaines sur le climat en réfléchissant vers l’espace une partie du rayonnement solaire que la Terre reçoit, apparaissent de temps à autre, et provoquent en général l’opposition des scientifiques. Ils sont le plus souvent basés sur l’injection d’aérosols dans l’atmosphère (par exemple, en pulvérisant de l’eau de mer à haute altitude afin de générer des poussières salées très fines) où la dispersion par les vents les entraînera immanquablement loin de la zone ciblée, et ils paraissent difficiles à contrôler. De plus, en promettant de freiner localement, ou même globalement la hausse de la température, ils font oublier que la seule et vraie solution au réchauffement du climat est la diminution de nos émissions de gaz à effet de serre. L’arrêt de ces injections d’aérosols signifierait alors que la température moyenne globale augmenterait brusquement, le remède n’étant qu’une illusion. Faut il pour autant que les scientifiques boudent ces projets et se contentent de les condamner ? Ou faut il, tout en les condamnant, les étudier pour mieux les connaître, et, sans doute, en dénoncer tous les aspects, négatifs comme, peut être, positifs ?

Transition écologique et discordes
Peser le pour et le contre n’est pas toujours aisé : ainsi, si la création d’une ligne TGV est bonne pour certains, qui pensent qu’en évitant que les passagers prennent l’avion, elle contribuera à réduire nos émissions de gaz carbonique, d’autres la considèrent comme « écocide » parce que le chantier bouleversera ici une forêt, là une zone humide, ailleurs le coin préféré des résidents. Dans les bassins hydrologiques, le mot d’ordre est pour certains de ralentir l’écoulement. Pour d’autres, il faut rendre leur liberté aux cours d’eau. Mais sans réservoirs d’eau aménagés, connectés au réseau hydrologique, comment maintenir un écoulement résiduel indispensable à la vie aquatique en période de sécheresse ? L’eau d’un bassin hydrologique concerne tous les résidents de ce bassin, comme ceux qui se trouvent à l’aval, pour un usage domestique aussi bien qu’agricole ou industriel. Les tant décriées « mégabassines » qui sont remplies en puisant dans les nappes, bien commun, profitent principalement à une agriculture intensive gourmande en eau, souvent au détriment d’une agriculture extensive plus soucieuse de préservation environnementale. Que penser du projet de réaliser de vastes bassins pour l’élevage des saumons à l’estuaire de la Gironde qui exercera une forte demande en eau saumâtre, puisée en partie dans la nappe phréatique locale qui risque de ce fait de se saliniser ?

L’intelligence artificielle et les écrits scientifiques
Une conférence intéressante a eu lieu à l’Université de Montpellier. Elle portait, non pas sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les modèles météorologiques et climatiques, dont nous avons déjà parlé à maintes reprises, mais sur des textes, et en particulier, nos articles scientifiques. Le recours aux intelligences artificielles génératives (Chat GPT parmi bien d’autres) pour l’écriture d’articles a en effet des conséquences et comporte des risques. Ces articles sont les briques par lesquelles s’élabore l’édifice des connaissances, et leur qualité est garantie par le système des éditions scientifiques et la revue par les pairs. Or, les intelligences artificielles génératives sont entraînées sur des collections d’écrits très vastes, mais qui en général n’ont pas été soumis à une validation aussi rigoureuse que les articles scientifiques : elles risquent donc d’ouvrir une porte d’entrée à de nouvelles erreurs, qui, conduisent de plus en plus souvent au retrait d’articles par les éditeurs. Or, le retrait d’un article est une opération lourde, qui implique que tous les articles ultérieurs qui le citent soient révisés eux aussi. L’un de nous rapporte qu’une intelligence artificielle générative à laquelle il avait été demandé de rédiger un texte et d’y ajouter des références s’y est appliquée, mais il s’est avéré que les références fournies étaient inexistantes ; ceci a été signalé à cette « intelligence » qui s’est excusée, et a fourni d’autres références. Or ces dernières étaient elles aussi inexistantes. De telles faiblesses deviennent fréquentes dans les publications d’articles scientifiques, les références citées étant souvent hors sujet, ce qui est très préoccupant pour les éditeurs de revues scientifiques. Autre bévue rapportée par l’un de nous, à une question-piège demandant la liste des directeurs passés et futurs (!) d’un laboratoire, l’intelligence artificielle générative a fourni la liste des directeurs passés, et aussi une liste chronologique de futurs directeurs !
Or, on estime que 80 % des articles rédigés par les chercheurs (et aussi les devoirs par les élèves), font recours à des intelligences artificielles. Il serait vain (voire stupide) d’interdire cela, et la tendance serait plutôt de déclarer pourquoi et comment on y a eu recours. Les intelligences artificielles génératives doivent donc être utilisées intelligemment ! Il faut leur poser de bonnes questions, et échanger avec elles de manière critique, conditions essentielles si on veut aboutir à de bonnes constructions. L’impact carbone des laboratoires de recherche, était autrefois dominé par le coût des missions et des participations à des congrès. Il pourrait être prochainement dominé par un recours pas toujours opportun à une IA très énergivore : c’est une raison de plus d’en faire un bon usage.

Climatoscepticisme extrême
Le coût des catastrophes climatiques est en augmentation, et les compagnies d’assurance le savent bien et ajustent leurs tarifs à cette hausse. Ceci rend obsolètes les hypothèses optimistes de certains modèles économiques qui ont minimisé l’impact du changement climatique en considérant qu’une hausse de 3 °C de la température moyenne globale serait sans inconvénient majeur pour l’économie, comme exprimé dans les rapports passés du 3ème groupe du GIEC. Or, nous n’en sommes qu’à +1,5 °C et les compagnies d’assurance constatent déjà les dommages et leur coût. Pourtant, l’administration américaine en place depuis 16 mois continue d’ignorer l’urgence climatique, et fait pression dans d’autres pays, partout où elle le peut, pour que le climat ne soit pas pris en compte dans les réglementations économiques. Et elle dispose pour cela d’un outil très puissant qui consiste à profiter du rapport de force en sa faveur pour appliquer dans ces autres pays les lois américaines.

La prochaine saison des cyclones dans l’hémisphère nord
La prévision des saisons des cyclones reste incertaine, ces phénomènes affichant une très forte variabilité. Si, chaque année, certains médias, pour lesquels le changement climatique est un coupable facile, annoncent une saison très active et un accroissement des dégâts, ce n’est pas toujours vérifié. Sur le site internet des Argonautes, une synthèse des connaissances en 2020 examine l’évolution des cyclones avec le changement climatique. Les articles consultés pour cette synthèse, basés sur des modèles, indiquent que la tendance est à une augmentation des précipitations, du fait de la capacité d’une atmosphère plus chaude à contenir davantage de vapeur d’eau. Mais concernant le nombre de cyclones, et leur intensité, les résultats sont à prendre avec prudence parce que les cyclones obéissent à des mécanismes de petite échelle qui sont mal représentés dans les modèles. Le nombre de cyclones observés est très variable d’année en année, à la hausse ou à la baisse, et le ressenti par le public de leurs conséquences dépend plus de leur passage ou non sur une ville et des dégâts constatés localement que de l’énergie mise en jeu.

Dessaler l’eau de mer se banalise
Les implantations d’usines de dessalement se multiplient : rien que dans la région de Valence en Espagne, il y en a une dizaine. L’eau douce produite, encore coûteuse et assez peu abondante, est, en Europe du moins, très généralement destinée à l’usage domestique. Mais dans d’autres contrées que l’Europe, une partie de cette eau est parfois utilisée à des fins agricoles. Que cette évolution soit possible est le signe que l’énergie est de moins en moins chère. En Charente Maritime, l’eau douce produite par déssalement sera moins chère que de l’eau acheminée par conduite depuis le Plateau de Millevaches. Ce n’est toutefois pas une panacée : les îles fréquentées par des touristes riches y ont plus facilement accès que des pays pauvres.

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