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Propos d’Argonautes ​en janvier 2026

(Temps de lecture: 6 - 12 minutes)

Les rivages face à la hausse du niveau marin, ici, là, 60 cm, 1m ?
La montée du niveau des océans est observée avec précision depuis le début des années 1990 grâce aux altimètres embarqués sur des satellites, d’abord Topex-Poseidon, puis les séries de Jason, Envisat, ERS, et attribuée avec certitude aux émissions anthropiques de gaz carbonique et au réchauffement consécutif du climat, qui entraîne une dilatation de l’eau de mer et une fonte des glaces terrestres.

On assiste déjà en certains endroits à un recul de la côte, et à moyen terme, les conclusions du dernier rapport du groupe 1 du GIEC rendu public dans sa version complète en 2021 indiquent qu’en 2100, cette hausse serait de 28 à 55 cm si nous réussissions à nous placer dans un scénario de très basses émissions de gaz carbonique (ce n’est malheureusement pas le cas), ou de 63 à 101 cm dans un scénario de fortes émissions (que nous pourrions encore éviter). Au delà de 2100, la hausse continuerait encore pendant quelques milliers d’années. Ceci constitue évidemment un grave problème pour les populations qui se sont établies auprès des côtes, et qui doivent s’en protéger. Invité par les Argonautes, Gonéri Le Cozannet, responsable au BRGM pour les impacts du changement climatique sur les risques côtiers, est co-auteur du dernier rapport du groupe 2 du GIEC, et membre du Haut Conseil français pour le Climat. Il nous a exposé les grandes lignes du projet européen CoCliCo (Coastal Climate Core Services) qui a développé un démonstrateur pour l’adaptation au niveau de la mer. Ce service climatique est le résultat de près de vingt ans d’efforts dans la modélisation de la hausse du niveau marin et de ses conséquences, et vise à fournir aux collectivités et aux décideurs les connaissances pour anticiper localement l’augmentation des risques que représente la hausse du niveau marin. Dans certaines régions, l’affaissement du sol s’ajoute à cette hausse. Là où elle est bien connue, la subsidence est prise en compte dans CoCliCo, qui se préoccupe également de prévoir le déplacement dans les zones côtières et les estuaires de la frontière entre l’eau douce et l’eau salée dans les nappes phréatiques ; cette frontière se déplace en fonction des épisodes de sécheresse, et de la hausse du niveau marin. La porosité variable des milieux nécessite de bien connaître les conditions locales, CoCliCO propose une interface qui permet d’examiner les risques actuels et futurs pour un ensemble de scénarios ainsi que des indications pour y faire face. Il s’appuie sur des données générales des conditions aux limites, et sur des modèles locaux. A terme, CoCliCO pourrait être hébergé dans l’outil de modélisation de l’océan « Digital Twin of the Ocean » du Copernicus Marine service européen, afin de doter l’Europe d’un outil qui permettrait de limiter sa vulnérabilité au changement climatique, en zones côtières et plus généralement pour toutes les régions qui dépendent du commerce transitant par les ports Européens.
Il est évidemment essentiel de ne pas sous estimer le risque de montée du niveau marin, et de ne pas réaliser des aménagements d’adaptation qui s’avéreraient insuffisants après seulement quelques dizaines d’années. La hausse du niveau marin dépend de notre rapidité à arrêter nos émissions nettes de gaz à effet de serre. Les rapports du GIEC sont essentiels pour préciser cette hausse. Le dernier rapport publié en 2023 s’appuie sur les résultats scientifiques acquis jusqu’en 2018 environ et demande d’être actualisé. La date de commencement des travaux de synthèse pour le septième rapport a été reportée, et le retrait des Etats Unis d’Amérique de toutes les organisations climatiques internationales n’est hélas pas de nature à aider à leur mise en route.

 

Un éléphant dans un magasin de porcelaine
C’est l’image qu’on ressent en apprenant jour après jour les ravages opérés par la nouvelle administration américaine sur l’édifice patiemment construit destiné à observer, comprendre, et prévoir le changement climatique en cours dû aux rejets de gaz à effet de serre par les activités humaines. Les Etats Unis d’Amérique ont d’ailleurs été des contributeurs très efficaces pour la définition et les activités de tous les éléments de cet édifice, CNUCC, GIEC, COPs, et on croyait que le combat initial – i.e. démontrer que le changement climatique était réel et dû aux activités humaines – était définitivement gagné. Mais voilà que le nouveau président, dès sa prise de fonction, retire son pays de l’Accord de Paris, et déclare que « le changement climatique est la plus grande arnaque jamais menée contre le monde ». Depuis, chaque mois apporte son lot de nouveaux coups portés aux recherches sur le climat. Dernièrement, L’Agence pour la Protection de l’Environnement a dû revoir tous ses textes fondateurs et messages pour y effacer les références à l’action humaine sur le climat et les remplacer par des causes naturelles (telles que les variations de l’orbite terrestre!). Le nouveau Directeur de la NASA, l’agence spatiale américaine, très active jusqu’à présent dans les recherches sur le changement climatique, a été mandaté pour abandonner l’observation de la Terre et pour mobiliser les moyens de l’agence vers la conquête de la planète Mars. Le prestigieux laboratoire NCAR (National Center for Atmospheric Research, sis à Boulder au Colorado) qui est un leader en recherches climatiques est en cours de démantèlement.
La brutalité de l’administration Trump rend difficile la résistance à ces destructions. Les bases de données gérées par les structures de recherche américaines risquent de disparaître, et leur transfert vers des sites protégés présente un danger qui rend prudents ceux qui pourraient y procéder. Les Démocrates, opposants traditionnels aux Républicains qui détiennent maintenant le pouvoir politique, dénoncent cette folie destructrice, mais le temps de leur réaction est beaucoup plus long que celui de l’action effrénée de Donald Trump. Ils ont besoin de remporter les élections des mid-terms mais l’emprise de leurs rivaux sur tous les rouages de la politique, en particulier sur les médias, est telle que leur victoire n’est pas acquise. Le retrait des Etats Unis des organisations internationales signifie aussi pour ces organisations la perte du financement américain. Le Gouverneur de Californie, démocrate, a souhaité réduire ces dommages en maintenant son état dans ces organisations, mais à l’international, c’est l’état fédéral qui donne le ton. Une petite lumière malgré tout : quelques milliardaires américains (Bloomberg pour la CNUCC) promettent de compenser au moins en partie cette perte.

Portion congrue pour la transition écologique
Si, pour le gouvernement des USA, la lutte contre le changement climatique n’est plus un sujet, un peu partout ailleurs, elle est toujours proclamée comme une priorité, mais comme une priorité lointaine, et les déconvenues se succèdent. Le très prometteur et ambitieux pacte vert européen est sous la pression des gouvernements et des partis d’extrême droite qui réclament des simplifications et des reports. La décision d’interdire en Europe les moteurs à combustion à partir de 2035 devrait bientôt se voir assortie d’une exemption pour les carburants « dits écologiques » et pour les véhicules hybrides. En France, on remet en question les zones à faibles émissions, et, souvent sous le prétexte de la nécessité de simplifier les procédures administratives, les décisions destinées à protéger l’écologie sont malmenées. Les SUV restent les voitures préférées des Français, la croissance des voyages en avion est insolente, et le nombre de logements qui sont des passoires thermiques reste bien trop élevé. Alors que l’objectif reste d’atteindre la neutralité carbone en 2050, en diminuant de 5 % par an nos émissions de gaz carbonique, celles ci ne diminuent que très lentement : -1,8 % en 2024 et seulement – 0,8 % selon des prévisions pour 2025. Évidemment, la transition écologique a un coût, et la morosité de la situation économique ne facilite pas les investissements. Mais les gouvernants, financiers et industriels qui sont aux commandes font tout pour perpétuer le système actuel, où la création monétaire est soigneusement surveillée. Pourtant, en temps de crise, on crée de la monnaie : plan Marshall en 1947, crise financière de 2008-2009, pandémie du Covid. Après la crise des "Subprimes" en 2008,beaucoup ont proposé que la France se dote d’un outil adapté au financement de la transition, en créant un Pôle Public Financier, susceptible de collecter l'épargne considérable des ménages et des entreprises non financières. En réaction au soutien grandissant à cette proposition, la BPI (Banque Publique d'Investissement) a été créée fin 2012, mais celle-ci ne dispose pas d'une licence bancaire de plein exercice, ce qui limite sévèrement ses moyens. Les élections, les attentes sociales sont concentrées sur le court terme. Le long terme est loin.

Géoingéniérie solaire : les investisseurs piaffent sur la ligne de départ
Le sujet fait débat depuis plusieurs années : injecter dans l’atmosphère des particules réfléchissantes afin de renvoyer une partie du rayonnement solaire vers l’espace et par là de contrer le réchauffement du climat, est une idée très dangereuse, qui ne corrige pas l’accumulation de gaz à effet de serre qui sont la cause de ce réchauffement, et qui, une fois mis en œuvre, ne doit plus être interrompue sous peine de voir le réchauffement climatique reprendre de plus belle. En général, scientifiques et écologistes y sont opposés. Pourtant, les projets se multiplient. Ainsi, Elon Musk propose d’utiliser une multitude de satellites intelligents – probablement ceux de sa gamme Starlink – pour rafraîchir notre planète, et la société Stardust Solutions a reçu 60 millions de dollars pour mettre au point des particules qui réfléchiraient la lumière sans effet nocif sur l’environnement et la santé. Les chercheurs peuvent ils rester les bras croisés ? Mais s’intéresser au sujet, n’est-ce pas déjà lui donner corps ? Un article récent suggère que la production primaire des végétaux serait augmentée de 15 % dans un monde avec des émissions de gaz à effet de serre élevées, corrigées par l’ingéniérie solaire : la baisse de lumière pour les plantes due à cette géoingéniérie serait largement compensée par l’effet fertilisant pour les végétaux d’une atmosphère plus concentrée en gaz carbonique. Serait-ce un monde meilleur ? On peut en douter. Le Royaume Uni a décidé de financer plusieurs essais à petite échelle à fins de recherche, et un panorama sur l’ingéniérie solaire a été présenté à la conférence Climat d'Eumetsat en octobre dernier.
Plus étonnant encore, la société américaine Reflect Orbital prévoit de mettre en orbite un immense réflecteur en 2026. L’énergie solaire captée par ce réflecteur pourrait être déviée vers des clients qui en ont besoin, par exemple pour éclairer pendant la nuit des panneaux photovoltaiques ou des cultures. L’appât de financements publics, où l’intérêt pour les sociétés de verdir leur image, expliquent bien sûr en partie cette frénésie de projets, mais les efforts très insuffisants vers la transition écologique font désespérer des possibilités d’infléchir le réchauffement global, et poussent donc vers d’autres solutions.

Une expérience à grande échelle inopinée
Les nuages interagissent avec le rayonnement solaire et avec le rayonnement infra rouge émis par la Terre, et sont donc des acteurs du climat. Les émissions de gaz et d’aérosols par le trafic maritime, qui sont visibles depuis les satellites, interviennent dans la formation des nuages. L’arrêt de l’utilisation des combustibles soufrés dans le transport maritime est considéré comme ayant causé un réchauffement du climat en émettant moins d’aérosols et en interceptant donc une moindre partie du rayonnement solaire. Comment évaluer ces effets très complexes ? Il faudrait par exemple autoriser les carburants soufrés pendant un an ou deux dans un océan, puis les interdire pendant une durée équivalente : inimaginable dans le contexte d’un projet scientifique ! Pourtant, cela a eu lieu. En novembre 2023, les menaces guerrières par les milices Houthies à l’entrée de la Mer Rouge ont détourné le trafic maritime vers le Cap de Bonne Espérance. L’Atlantique sud a donc vu les conditions de navigation changer deux fois en quelques années : d’abord un trafic normal avec émissions d’aérosols soufrés, puis le même trafic avec des carburants propres, et enfin un trafic augmenté avec des carburants propres. Les aérosols soufrés favorisent la formation de gouttelettes plus petites et plus nombreuses dans les nuages, et la quantité de dioxyde d’azote est proportionnelle à l’intensité du trafic maritime, que le carburant utilisé soit soufré ou non. L’analyse des données satellite couvrant ces périodes indique que 80 % en moins de carburants soufrés après leur interdiction aurait eu pour conséquence de réduire de 67 % l’augmentation du nombre de gouttelettes dans les nuages par unité de carburant consommé.

Des remèdes anti-polluants
Il est rare par beau temps que le ciel ne soit pas zébré par des nuages formés dans le sillage des avions (contrails), et quand les conditions de température et d’humidité de l’atmosphère s’y prêtent, ces nuages peuvent s’étendre et perdurer. Leur impact sur le réchauffement du climat représenterait 57 % de l’impact total des vols. Des chercheurs de l’Université d’Albany viennent de trouver que l’ajout en petite quantité dans le carburant des avions d’un produit qui fait s’agglomérer les cristaux de glace, rend ceux ci plus lourds et favorise leur chute, raccourcit la durée de vie des contrails et minimise leur effet réchauffant. Espérons que ce progrès ne servira pas de prétexte à un accroissement du trafic aérien.
Les nappes phréatiques sont toutes peu à peu contaminées par les PFAS (Per- and polyfluoroalkyl substances), présents dans une très grande variété des nos produits de consommation, persistants, et nocifs pour la santé. Des chercheurs et ingénieurs américains viennent de mettre au point un matériau en carbone colloïdal ultra fin qui pourrait être injecté dans le sol où il constituerait localement (proximité d’un captage, lieu exposé aux PFAS) un filtre durable et efficace.

 
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