L’avenir ne dépend pas du GIEC lui-même, mais de ce que nous faisons collectivement des résultats qu’il met en évidence. Jean Jouzel (citation en 4e de couverture).
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Horizons climatiques – rencontre avec 9 scientifiques du GIEC une BD de Iris-Amata Dion (scénario) et Xavier Henrion (dessin) 320 pages, éditions Glénat, 2024 25 € (on peut aussi l’emprunter dans les bonnes médiathèques !) |
Cette BD, publiée en 2024 et dont la recension arrive avec un peu de retard, pourrait cocher toutes les cases des tags choisis pour le site des argonautes. La citation donnée plus haut de Jean Jouzel en affiche l’ambition.
Elle est le produit d’une démarche entre une thésarde et un dessinateur toulousains qui cherchent à comprendre en 2023 ce qu’est le GIEC, comment il a évolué depuis sa création en 1988, et surtout quels sont les enseignements à retenir après le 6e rapport global (2021) et les derniers rapports thématiques. Nos deux enquêteurs rencontrent successivement 9 scientifiques français impliqués dans la rédaction de ces rapports, chacun analysant ses horizons climatiques avec sa vision de spécialiste. Les voici très grossièrement résumés avec entre crochets les sous-titres donnés par les auteurs :
Valérie Masson-Delmotte [la découverte], paléoclimatologue, ouvre l’ouvrage en expliquant comment fonctionne l’institution – elle en a présidé le groupe 1 entre 2015 et 2023 -, comment sont rédigés et que contiennent les fameux rapports.
Christophe Cassou [le choc], climatologue et médiateur reconnu, zoome sur les courbes de température pour mettre en évidence le rôle des activités humaines, puis détaille la notion de bilan radiatif. Ces deux approches conduisent à la mise en œuvre de modèles et de scénarios.
Roland Séférian [le déni], chercheur à Météo-France, est spécialiste du bilan de carbone. Il distingue les secteurs d’activités émettrices de C02 et discute des pistes à suivre, sans éviter les divergences sociétales et culturelles.
Hervé Douville [la colère], également chercheur à Météo-France, aborde les surfaces continentales et plus spécifiquement le cycle de l’eau. Il explique les échanges planétaires et leurs modifications à cause du réchauffement : des glaciers aux océans, des régions polaires aux tropiques.
Wolfgang Cramer [la négociation], écologue au CNRS, traite des questions de résilience sur une planète vivante et des mécanismes écosystémiques, en insistant sur des bonnes pratiques pour préserver les sols et la biodiversité.
Virginie Duvat [la dépression], professeur de géographie côtière à l’université de La Rochelle, parle de l’évolution des environnements côtiers et des menaces qu’ils subissent : niveau de la mer, trait de côte, aménagements et urbanisation, écosystèmes (coraux, mangroves, herbiers, dunes, etc.).
Céline Guivarch [l’acceptation], économiste au CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) et à l’École des Ponts, décrypte les enjeux de sociétés face aux changement climatiques en s’intéressant tout particulièrement aux rôles et aux implications des ménages selon leur richesse respective. Elle reprend l’approche par scénarios.
Henri Walsman [l’expérimentation] , économiste à l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales), s’intéresse aux secteurs sur lesquels on peut agir à court terme pour avoir un impact sur le long terme. Il développe ensuite dans cette démarche la mise en place des marchés de carbone.
Jean Jouzel [la décision], paléoclimatologue émérite et membre de l’Académie des Sciences, reprend dans les pages finales l’histoire de son engagement personnel et estime que la balle est aujourd’hui dans le camp des décideurs, et tout particulièrement des jeunes, qui doivent s’emparer du travail du GIEC et agir !
Tous les intervenants notent la difficulté des chercheurs à transmettre leurs observations et leurs analyses aux acteurs sociétaux et certains soulignent la frustration de ne pas toujours réussir à faire cohabiter un message scientifique nécessairement rigoureux et un engagement citoyen, à passer du temps long des analyses au temps court des décisions.
Choisir la BD pour développer les principaux concepts et résultats du GIEC avec le fil directeur de quelques scientifiques de la communauté française en rend évidemment la lecture et la compréhension plus aisées. Ce serait toutefois une erreur de penser que l’approche est très facile. Ce n’est clairement pas un livre d’enfant et de nombreux collégiens et lycéens non avertis risquent d’en trouver la lecture aride. A contrario, il constituera un excellent support pour des enseignants du secondaire, et possiblement même du supérieur. Il contient les données chiffrées indispensables et définit assez simplement des grandeurs et des processus souvent complexes selon le principe qu’un bon dessin vaut mieux que de nombreuses pages d’explications. Le tour de force est suffisamment remarquable pour être souligné.
C’est enfin un beau complément à l’information proposée par le site et les ouvrages du Club des Argonautes. Il ne serait pas incongru de consulter le site en parallèle de la BD. Un seul exemple : les pages 60 à 70 de la BD (chapitre de Christophe Cassou) peuvent être mises en lien direct avec les modèles didactiques de bilan d’énergie proposés sur notre site !
Bonne lecture.

