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De la “décarbonation” à la “défossilisation”: pertinence terminologique & enjeux conceptuels.

(Temps de lecture: 3 - 5 minutes)

Résumé. Le terme couramment employé de « Décarbonation » prête à confusion.

En effet, la biomasse terrestre – qu’il s’agisse des végétaux, des animaux, du bétail ou des humains – est constituée en grande partie de carbone. Vouloir « Décarboner » reviendrait, en toute rigueur, à nier la structure même du vivant ou de matériaux comme le bois.
L’enjeu réel n’est pas de supprimer le carbone dans son ensemble, mais de réduire strictement les apports de carbone fossile dans la machine climatique. En ~250 ans, ces apports ont provoqué une hausse de plus de 50 % de la concentration atmosphérique en CO2, passant de ~280 à ~423 ppm. Ce déséquilibre provoque une dérive du climat qui devient perceptible et reconnue par la plupart d'entre nous.
Dans ce contexte, le néologisme « Défossilisation » apparaît plus pertinent. Il souligne que, même après une transition écologique réussie, le carbone restera omniprésent, mais sous des formes principalement non fossiles.
D’où l’intérêt d’une formulation qui désigne plus clairement le but visé: limiter l’usage des combustibles fossiles afin de maintenir la concentration de CO2 largement en dessous du seuil symbolique dit "2 CO2". (C. à d. 560 ppm.)

 

Pour comparer divers types de biomasse, (animale et végétale), les chercheurs utilisent la masse de carbone qu'elle contient. Ce choix méthodologique permet de neutraliser les différences de teneur en eau entre espèces.
Comme pour l'étude du climat, (dans lequel le cycle du carbone a un rôle primordial), on utilise ci dessous les milliards de tonnes: les gigatonnes de carbone (GtC).
Ainsi, la biomasse humaine est estimée à environ 0,060 GtC. Dans la mesure où le corps humain est constitué de ~65 % d’eau, et de ~18 % de carbone, ce chiffre ne reflète pas le poids réel (~0,33 Gt), des ~6 ou ~7 milliards d’individus de l'époque où cette estimation a été établie,

La biomasse terrestre globale est évaluée à ~550 GtC. A titre de comparaison, cette quantité de carbone est proche de celle que contenait l’atmosphère il y a environ 250 ans: ~595 GtC. En effet, il y avait alors ~280 molécules de gaz carbonique par million de molécules de gaz, soit ~280 parties par million (ppm),
Depuis, la concentration atmosphérique a augmenté de plus de 50 %, passant de ~280 ppm à ~423 ppm, fin 2025. (Une ppm équivaut à une masse de gaz carbonique de 7,782 Gt, ou 2,124 GtC si on ne considère que le carbone qu'elle contient.)

Les plantes & champignons terrestres, ainsi que les bactéries & archées, (y compris celles des sous sols profonds), sont estimés contenir ~533,8 GtC, tandis que la biomasse du milieu marin et du sous sol océanique représenterait ~16 GtC. (Dont ~10 GtC en sous sols profonds.)
Plus de détails sur ces quelques ~549,8 GtC dans ce tableau, extrait de l'Encyclopédie de l'environnement.(Cf. liens Internet ci dessous) :

DEfoss1

Si on ne considère que le groupe comprenant les mammifères et oiseaux sauvages (~0,005 GtC), ainsi que les humains et leurs activités d'élevage (~0,16 GtC), on observe qu'il ne représente que ~3,1 dix millièmes (0,031 %), des ~534 GtC de végétaux et animaux présents à la surface, ou dans les sous sols profonds, des terres émergées.
Dans ce groupe, (formé des mammifères & oiseaux... sauvages ou non !), la part de carbone associée aux êtres humains & au bétail est d'environ 97 % des ~ 0,165 GtC.
Le milieu marin, sous sols profonds (ou sédiments) compris, ne compte que pour ~2,91 % des ~550 Gt de carbone contenu dans la biomasse de la planète.

En dépit de leurs incertitudes importantes, ces ordres de grandeur trop souvent négligés, soulignent combien l’usage du terme « Décarbonation » (et parfois « Décarbonisation »), est inapproprié, lorsqu’il n’est pas explicitement restreint à la réduction des apports annuels de carbone fossile dans le système climatique.

Parler de « décarboner » des bâtiments en bois ou des organismes vivants, reviendrait, en toute rigueur, à nier leur existence même, puisqu’ils sont constitués de carbone.
Lorsqu'on parle de la « SNBC », la « Stratégie Nationale Bas Carbone », on pourrait réduire le risque d'incohérence en précisant « Bas Carbone Fossile », puisque construire des immeubles en bois, plutôt qu'en béton, contribue à réduire les émissions de CO2.

Dans cette perspective, le néologisme « Défossilisation » semble plus adéquat : il ne suggère pas qu'après une transition écologique réussie, il y aurait moins de carbone !
Au contraire, et fort heureusement.... le carbone demeurera omniprésent, principalement sous sa forme non fossile.
L’enjeu n’est donc pas d’éliminer le carbone, mais de cesser d'ajouter du carbone fossile dans la biosphère. D’où l’intérêt d’une formulation qui désigne plus clairement le but visé: limiter l’usage des combustibles fossiles afin de maintenir la concentration du CO2 atmosphérique largement en dessous du seuil symbolique dit: "2 CO2". (Ce seuil a été utilisé historiquement pour définir une sensibilité climatique, dans le cas d'un doublement de la quantité de CO2 dans l'atmopshère.)

Ce seuil ne serait atteint QUE SI... en plus des ~304 GtC fossile déjà transférés à l'atmosphère, (depuis le stock de ~14 000 GtC fossile que contient la lithosphère), on poursuivait cette démarche d'apprenti sorcier... par un transfert supplémentaire de ~291 GtC fossile, portant ainsi le stock de carbone contenu dans l'atmosphére à ~1190 GtC ou ~560 ppm !

Ceci supposerait l'extraction d'un peu moins de 600 GtC fossile car, jusqu'à présent les 2 puits de carbone que sont la végétation et l'océan, ont absorbé une grosse moitié de nos émissions de CO2. Mais cette "bienveillance de la nature"... n'est pas forcément durable, par exemple en raison d'une diminution du puits océanique, et/ou des risques de sécheresse ou d'incendie qui menacent les forêts.

Pour en savoir plus :

La biomasse des mammifères est à une écrasante majorité composée des humains (ENS – Planet Vie) ainsi que :

Répartition de la biomasse des animaux (Article du site La dépêche vétérinaire), sans oublier:

Biomasse: le poids du règne animal décomposé

https://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/repartition-biomasse-planete

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